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Le Nu perdu
René Char
1964
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Le Nu perdu

1964

Effacement du peuplier

L’ouragan dégarnit les bois.
J’endors, moi, la foudre aux yeux tendres.
Laissez le grand vent où je tremble
S’unir à la terre où je croîs.

Son souffle affile ma vigie.
Qu’il est trouble le creux du leurre
De la source aux couches salies !

Une clé sera ma demeure,
Feinte d’un feu que le cœur certifie ;
Et l’air qui la tint dans ses serres.

Le terme épars

Si tu cries, le monde se tait : il s’éloigne avec ton propre monde.

Donne toujours plus que tu ne peux reprendre. Et oublie. Telle est la voie sacrée.

Qui convertit l’aiguillon en fleur arrondit l’éclair.

La foudre n’a qu’une maison, elle a plusieurs sentiers. Maison qui s’exhausse, sentiers sans miettes.

Petite pluie réjouit le feuillage et passe sans se nommer.

Nous pourrions être des chiens commandés par des serpents, ou taire ce que nous sommes.

Le soir se libère du marteau, l’homme reste enchaîné à son cœur.
L’oiseau sous terre chante le deuil sur la terre.

Vous seules, folles feuilles, remplissez votre vie.

Un brin d’allumette suffit à enflammer la plage où vient mourir un livre.

L’arbre de plein vent est solitaire. L’étreinte du vent l’est plus encore.
❦ Le Nu perdu · René Char · 1964
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