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Seuls demeurent
René Char
1938
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Seuls demeurent

1938

Évadné

L’été et notre vie étions d’un seul tenant
La campagne mangeait la couleur de ta jupe odorante
Avidité et contrainte s’étaient réconciliées
Le château de Maubec s’enfonçait dans l’argile
Bientôt s’effondrerait le roulis de sa lyre
La violence des plantes nous faisait vaciller
Un corbeau rameur sombre déviant de l’escadre
Sur le muet silex de midi écartelé
Accompagnait notre entente aux mouvements tendres
La faucille partout devait se reposer
Notre rareté commençait un règne
(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière
En tournant chaque nuit la page consentie
Veut que chaque part de toi que je retienne
Soit étendue à un pays d’âge affamé et de larmier géant)

C’était au début d’adorables années
La terre nous aimait un peu je me souviens.

Force clémente

Je sais où m’entravent mes insuffisances, vitrail si la fleur se détache du sang du jeune été. Le cœur d’eau noire du soleil a pris la place du soleil, a pris la place de mon cœur. Ce soir, la grande roue errante si grave du désir peut bien être de moi seul visible. Ferai-je ailleurs jamais naufrage ?
❦ Seuls demeurent · René Char · 1938
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