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Les Amours
Étienne Jodelle
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Les Amours

Je me trouve et me pers, je m’asseure et m’effroye

Je me trouve et me pers, je m’asseure et m’effroye,
En ma mort je revi, je voy sans penser voir,
Car tu as d’éclairer et d’obscurcir pouvoir,
Mais tout orage noir de rouge éclair flamboye.

Mon front qui cache et monstre avec tristesse, joye,
Le silence parlant, l’ignorance au sçavoir,
Tesmoignent mon hautain et mon humble devoir,

Fier en ma honte et plein de frisson chaloureux,
Blasmant, louant, fuyant, cherchant l’art amoureux,
Demi-brut, demi-dieu je suis devant ta face,
Tel est tout cœur, qu’espoir et désespoir guerroye.

Quand d’un œil favorable et rigoureux, je croy,
Au retour tu me vois, moy las! qui ne suis moy :
O clair-voyant aveugle, 6 amour, flamme et glace!

Sonnet

Comme un qui s’est perdu dans la forêt profonde
Loin des chemins, d’orée, et d’adresse, et de gens ;
Comme un qui en la mer grosse d’horribles vents
Se voit presque englouti des grands vagues de l’onde,

Comme un qui erre aux champs, lorsque la nuit au monde
Ravit toute clarté, j’avais perdu longtemps
Voie, route et lumière, et presque avec les sens,
Perdu longtemps l’objet, où plus mon heur se fonde.

Mais quand on voit, — ayant ces maux fini leur tour —
Aux bois, en mer, aux champs, le bout, le port, le jour,
Ce bien présent plus grand que son mal on vient croire.

Moi donc qui ai tout tel en votre absence été,
J'oublie, en revoyant votre heureuse clarté,
Forêts, tourmente, et nuit, longue, orageuse et noire.
❦ Les Amours · Étienne Jodelle
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