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Jeux Rustiques
Joachim Du Bellay
1558
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Jeux Rustiques

1558

Autre baiser

Quand ton col de couleur de rose
Se donne à mon embrassement,
Et ton œil languist doulcement
D’une paupiere à demy close,

Mon ame se fond du desir
Dont elle est ardentement pleine,
Et ne peult souffrir à grand’peine
La force d’un si grand plaisir.

Puis quand j’approche de la tienne
Ma levre, et que si près je suis,
Que la fleur recuillir je puis
De ton haleine Ambrosienne :

Quand le souspir de ces odeurs,
Ou noz deux langues qui se jouënt
Moitement folastrent et nouënt.
Evente nos doulces ardeurs,

Il me semble estre assis à table
Avec les Dieux, tant suis heureux.
Et boire à longs traicts savoureux
Leur doulx breuvage delectable.

Si le bien qui au plus grand bien
Est plus prochain, prendre on me laisse,
Pourquoy ne permets-tu, maistresse,
Qu’encores le plus grand soit mien ?

As-tu peur que la jouissance
D’un si grand heur me face Dieu,
Et que sans toy je vole au lieu
D’eternelle resjouissance ?

Belle, n’aye peur de cela,
Par tout où sera ta demeure,
Mon ciel jusqu’à tant que je meure.
Et mon paradis sera là.

D’un vanneur de blé aux vents

À vous troupe légère,
Qui d’aile passagère
Par le monde volez,
Et d’un sifflant murmure
L’ombrageuse verdure
Doucement ébranlez,

J’offre ces violettes,
Ces lis et ces fleurettes,
Et ces rosés ici,
Ces vermeillettes rosés,
Tout fraîchement écloses,
Et ces œillets aussi.

De votre douce haleine
Éventez cette plaine,
Éventez ce séjour :
Cependant que j’ahanne
À mon blé que je vanne
À la chaleur du jour.
❦ Jeux Rustiques · Joachim Du Bellay · 1558
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