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Œuvres diverses
Nicolas Boileau
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Œuvres diverses

A mon jardinier

. . . . . .
Approche donc, et viens ; qu’un paresseux t’apprenne,
Antoine, ce que c’est que fatigue et que peine.
L’homme ici-bas toujours inquiet et géné,
Est dans le repos même au travail condamné.
La fatigue l’y suit. C’est en vain qu’aux Poètes
Les neufs trompeuses Sœurs, dans leurs douces retraites,
Promettent du repos sous leurs ombrages frais :
Dans ces tranquilles bois pour eux plantés exprès,
La cadence aussitôt, la rime, la césure,
La riche expression, la nombreuse mesure,
Sorcieres dont l’amour sçait d’abord les charmer,
De fatigues sans fin viennent les consumer.
Sans cesse poursuivant ces fugitives fées,
On voit sous les lauriers haleter les Orphées.
Leur esprit toutefois se plait dans son tourment,
Et se fait de sa peine un noble amusement.
Mais je ne trouve point de fatigue si rude,
Que l’ennuyeux loisir d’un mortel sans étude,
Qui, jamais ne sortant de sa stupidité,
Soutient, dans les langueurs de son oisiveté,
D’une lâche indolence esclave volontaire,
Le pénible fardeau de n’avoir rien à faire.

. . . . . .
Suis-moi donc. Mais je vois sur ce début de prône,
Que ta bouche déjà s’ouvre large d’une aune ;
Et que les yeux fermés tu baisses le menton.
Ma foi le plus sur est de finir ce sermon.
Aussi bien j’aperçois ces melons qui t’attendent,
Et ces fleurs qui là-bas entr’elles se demandent
S’il est fête au village, et pour quel saint nouveau
On les laisse aujourd’hui si longtemps manquer d’eau.
❦ Œuvres diverses · Nicolas Boileau
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