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Petits Châteaux en Bohême
Gérard de Nerval
1853
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Petits Châteaux en Bohême

1853

À Victor Hugo qui m’avait donné son livre du Rhin

De votre amitié, maître, emportant cette preuve
Je tiens donc sous mon bras Le Rhin. – J’ai l’air d’un fleuve
Et je me sens grandir par la comparaison.

Mais le Fleuve sait-il, lui pauvre dieu sauvage,
Ce qui lui donne un nom, une source, un rivage,
Et s’il coule pour tous quelle en est la raison ?

Assis au mamelon de l’immense nature,
Peut-être ignore-t-il comme la créature
D’où lui vient ce bienfait qu’il doit aux Immortels :

Moi je sais que de vous, douce et sainte habitude,
Me vient l’Enthousiasme et l’Amour et l’Étude,
Et que mon peu de feu s’allume à vos autels.

Dans les bois ! ! !

Au printemps l’oiseau naît et chante :
N’avez-vous pas ouï sa voix ?…
Elle est pure, simple et touchante
La voix de l’oiseau – dans les bois !

L’été, l’oiseau cherche l’oiselle ;
Il aime – et n’aime qu’une fois !
Qu’il est doux, paisible et fidèle
Le nid de l’oiseau – dans les bois !

Puis quand vient l’automne brumeuse,
Il se tait… avant les temps froids.
Hélas ! qu’elle doit être heureuse
La mort de l’oiseau – dans les bois !

La grand-mère

Voici trois ans qu’est morte ma grand-mère,
La bonne femme, – et quand on l’enterra,
Parents, amis, tout le monde pleura
D’une douleur bien vraie et bien amère !

Pour moi, j’errais dans la maison surpris,
Plus que chagrin ; et, comme j’étais proche
De son cercueil, quelqu’un me fit reproche
De voir cela sans larmes et sans cris.

Douleur bruyante est bien vite passée :
Depuis trois ans, d’autres affections,
Des biens, des maux, des révolutions,
Ont dans les cœurs sa mémoire effacée…

Mais moi j’y songe, et la pleure souvent :
Chez moi toujours, par le temps prenant force,
Ainsi qu’un nom taillé dans une écorce,
Son souvenir se creuse plus avant.

Poèmes divers

Notre-Dame de Paris

Notre-Dame est bien vieille ; on la verra peut-être
Enterrer cependant Paris qu’elle a vu naître.
Mais, dans quelque mille ans, le temps fera broncher,
Comme un loup fait un bœuf, cette carcasse lourde,
Tordra ses nerfs de fer, et puis d’une dent sourde
Rongera lentement ses vieux os de rocher.

Bien des hommes de tous les pays de la terre
Viendront pour contempler cette ruine austère,
Rêveurs, et relisant le livre de Victor…
— Alors, ils croiront voir la vieille basilique
Toute ainsi qu’elle était puissante et magnifique,
Se lever devant eux comme l’ombre d’un mort !
❦ Petits Châteaux en Bohême · Gérard de Nerval · 1853
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