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Les Chimères
Albert Mérat
1866
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Les Chimères

1866

À la rame

Les cieux ont la clarté solide du cristal.
Pas d’air. Sous les rocs nus dont la côte est bardée
La mer dort aujourd’hui, brûlante et débordée
Ainsi qu’une coulée épaisse de métal.

On n’entend que le son triste et comme fatal
Du bois rude qui bat l’onde à la peau ridée.
Par le temps et la mer la rame corrodée
A l’uniformité du mouvement vital.

Élevant, abaissant les rames en cadence,
Les matelots muets flagellent le flot dense
Et dérangent un peu son immobilité.

Et l’inflexible bruit du frôlement rythmique
Oppresse, et fait songer l’homme mélancolique
À ta monotonie, ô lourde Éternité !

La cathédrale

La haute cathédrale est grise, presque noire,
Et découpe un profil austère sur les cieux.
Une voix vague sort des blocs silencieux :
Dans leur langue gothique ils nous disent de croire.

C’est le reflet et c’est la vivante mémoire
Des âges d’autrefois sauvages et pieux.
On sent qu’en ce grand corps est l’âme des aïeux,
Et cela vous émeut comme une vieille histoire.

Avez-vous remarqué cette forme des tours,
Qui montent, et qui vont diminuant toujours,
Pour porter le plus haut possible la prière ?

Que vous croyiez ou non, vous ne souriez pas
De voir ces murs géants, semblables à des bras,
Tendre vers le Seigneur leurs sombres mains de pierre.
❦ Les Chimères · Albert Mérat · 1866
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