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La Première Lettre
Armand Gatti
1977
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La Première Lettre

1977

Jardin des oliviers chaque nuit

Jardin des oliviers chaque nuit
recommencé : la prison de Fresnes,
le meurtre avait lieu hors les murs,
mais pas l’agonie et ses sentences.

I

Sa mort, il parlait avec elle
depuis cent vingt-cinq jours.
Arrestation, baignoire,
poignets sciés par les menottes,
tessons de verre dans les genoux,
froid glacial des cellules qui
paralyse mots et attitudes
étaient autant de jalons.

Sous le regard fermé des gardiens,
celui grandiloquent des miradors,
à travers les géographies illimitées
des murs de Haute Surveillance,
il portait les derniers instants
d’une vie à peine commencée,
comme le sang séché de la torture
sur la chemise et le tricot.

Sa seule idée, tenir jusqu’au
jour limite de ses dix-huit ans.
Bon anniversaire, mon grand,
aurait écrit le père.
Nous t’embrassons, mon Roger,
aurait ajouté la mère.

De lettre, il n’y eut que la sienne
pour dire adieu, et souvenez-vous…

Il fut exécuté la veille.

Notre guerre civile

Notre guerre civile
n’a plus de palais d’Hiver à prendre,
n’a plus de Poste dublinoise
où pouvoir résister,
plus de Butte où abandonner ses canons,
plus de Banque de France à investir,
plus de majuscules devant qui mourir,
plus de points cardinaux en sécession
qui Nord ou Sud s’affrontent.
Conflits de volumes,
de directions graphiques,
d’angles à opposer.
Conflits de profondeurs,
de masses,
de couleurs,
d’intensités de lumière,
de spectres,
d’arc-en-terre.
Conflits entre un objet
et ses dimensions,
entre un événement
et sa durée.
Notre guerre civile recommence chaque jour
le combat de l’échelle
contre
le ciel.
❦ La Première Lettre · Armand Gatti · 1977
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