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Romances
Marceline Desbordes-Valmore
1830
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Romances

1830

Bonsoir

Il a demandé l’heure ; oh ! le triste présage !
Autrefois j’étais seule attentive à ce soin.
Qui peut avant le soir l’appeler au village ?
Hélas ! pour me répondre, il est déjà si loin !

Je l’ai suivi des yeux pour rencontrer sa vue,
Et sans me regarder il a doublé ses pas.
Il n’a donc pas senti ma douleur imprévue ?
Je le devinais mieux quand il souffrait tout bas !

Eh bien, je ne veux pas lui dire que je l’aime ;
Je ne l’aimerai plus, j’en aurai le pouvoir ;
Je l’ai déjà ; déjà, je ne suis plus la même…
Ah ! pour le lui prouver, que je voudrais le voir !

Non, qu’il ne vienne pas ! il prévient mon envie.
Bonsoir… pourquoi mes pleurs tombent-ils sur ma main ?
Il m’a repris son cœur, je lui reprends ma vie…
Mais, si je le pensais, vivrais-je encor demain !

La fiancée du marin

Tristesse amère
Ne peut crier :
Pourtant, ma mère,
Je veux prier.

Là-haut peut-être
On m’entendra :
Qui m’a fait naître
Me soutiendra.

Jame qui m’aime
Va me quitter ;
Cette nuit même
Doit l’emporter.

Le temps est sombre,
Et sur les flots
Voyez-vous l’ombre
Des matelots ?

Dans leur nacelle
Il s’engagea ;
C’est encor elle
Qui naufragea !

On tend la voile ;
Ô désespoir !
Pas une étoile
Pour l’entrevoir.

À la chapelle,
Avant le jour,
Un vœu m’appelle,
Un vœu d’amour.

Il doit m’attendre ;
J’y porte encor
Un baiser tendre,
Un anneau d’or.

Don de mon père,
C’est le dernier :
Qu’il soit prospère
Au marinier !

C’est le symbole
De mon lien ;
Pour mon idole
Je n’ai plus rien.

Mais j’entends Jame
Qui crie : « Adieu ! »
Et ma pauvre âme
S’en va vers Dieu !
❦ Romances · Marceline Desbordes-Valmore · 1830
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