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Livre de Diane
Philippe Desportes
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Livre de Diane

Las ! je ne verray plus ces soleils gracieux

Las ! je ne verray plus ces soleils gracieux,
Qui servoient de lumiere à mon ame egarée !
Leur divine clairté s’est de moy retirée
Et me laisse esperdu, dolent et soucieux.

C’est en vain désormais, ô grand flambeau des cieux !
Que tu sors au matin de la plaine azurée,
Ma nuict dure tousjours, et la tresse dorée,
Qui sert de jour au monde est obscure à mes yeux.

Mes yeux, helas ! mes yeux, sources de mon dommage,
Vous n’aurez plus de guide en l’amoureux voyage,
Perdant l’astre luisant qui souloit m’esclairer.

Mais, si je ne vois plus sa clairté coustumiere,
Je ne veux pas pourtant en chemin demeurer :
Car du feu de mon cœur je ferai ma lumiere.

Ma nef passe au destroit d’une mer courroucée

Ma nef passe au destroit d’une mer courroucée,
Toute comble d’oubly, l’hiver à la minuict ;
Un aveugle, un enfant, sans soucy la conduit,
Desireux de la voir sous les eaux renversée.

Elle a pour chaque rame une longue pensée
Coupant, au lieu de l’eau, l’esperance qui fuit ;
Les vents de mes soupirs, effroyables de bruit,
Ont arraché la voile à leur plaisir poussée.

De pleurs une grand’pluie, et l’humide nuage
Des dédains orageux, detendent le cordage,
Retors des propres mains d’ignorance et d’erreur.

De mes astres luisans la flame est retirée,
L’art est vaincu du tens, du bruit et de l’horreur.
Las ! puis-je donc rien voir que ma perte asseurée ?

Voicy du gay printans l’heureux advenement

Voicy du gay printans l’heureux advenement,
Qui fait que l’hyver morne à regret se retire :
Dejà la petite herbe, au gré du doux zéphyre,
Navré de son amour, branle tout doucement.

Les forests ont repris leur vert accoustrement,
Le ciel rit, l’air est chaud, le vent mollet soupire ;
Le rossignol se plaint, et des accords qu’il tire,
Fait pâmer les esprits d’un doux ravissement.

Le dieu Mars et l’Amour sont parmi la campagne ;
L’un au sang des humains, l’autre en leurs pleurs se bagne ;
L’un tient le coutelas, l’autre porte les dars.

Suive Mars qui voudra, mourant entre les armes !
Je veux suivre l’Amour, et seront mes alarmes,
Les courroux, les soupirs, les pleurs et les regars.
❦ Livre de Diane · Philippe Desportes
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