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Les Amours
Pierre de Ronsard
1578
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Les Amours

1578

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle. »

Lors vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s’aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre, et fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain ;
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

Si je trépasse entre tes bras, Madame…

Si je trépasse entre tes bras, Madame,
Je suis content : aussi ne veux-je avoir
Plus grand honneur au monde, que me voir,
En te baisant, dans ton sein rendre l’âme.
Celui dont Mars la poitrine renflamme,
Aille à la guerre, et d’ans et de pouvoir
Tout furieux, s’ébate à recevoir
En sa poitrine une espagnole lame.
Moi plus couard, je ne requiers sinon,
Après cent ans sans gloire et sans renom,
Mourir oisif en ton giron, Cassandre.
Car je me trompe, ou c’est plus de bonheur
D’ainsi mourir, que d’avoir tout l’honneur,
Et vivre peu, d’un monarque Alexandre.
❦ Les Amours · Pierre de Ronsard · 1578
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