Ah Dieu ! que malheureux nous sommes !
Ah Dieu ! que malheureux nous sommes !
Ah Dieu ! que de maux en un temps
Offensent la race des hommes
Semblable aux fueilles du Printemps,
Qui vertes dessus l’arbre croissent,
Puis elles l’Automne suivant,
Seiches à terre n’apparoissent
Qu’un jouët remoqué du vent !
Vrayment l’esperance est meschante
D’apparence elle nous deçoit,
Et tous jours pipant elle enchante
Le pauvre sot qui la reçoit.
Mais le sage qui ne se fie
Qu’en la plus seure verité,
Sçait que le tout de nostre vie
N’est rien que pure vanité.
Tandis que la crespe jouvence
La fleur des beaux ans nous produit,
Jamais le jeune enfant ne pense
A la vieillesse qui le suit,
Ne jamais l’homme heureux n’espere
De se voir tomber en mechef,
Sinon alors que la misere
Desja luy pend dessus le chef.
Homme chetif et miserable,
Pauvre abusé, ne sçais-tu pas
Que la jeunesse est peu durable,
Et que la mort guide nos pas,
Et que nostre fangeuse masse
Si tost s’esvanouït en rien,
Qu’à grand’peine avons-nous l’espace
D’apprendre le mal et le bien ?
Le Destin et la Parque noire
En tous âges sillent nos yeux :
Jeunes et vieux ils meinent boire
Les flots du lac oblivieux.
Mesmes les Rois foudres de guerre,
Despouillez de veines et d’os,
Ainsi que vachers, sous la terre
Viendront au throne de Minos.
. . . . . .
Ah ! que maudite soit l’asnesse,
Laquelle pour trouver de l’eau,
Au serpent donna la jeunesse,
Qui tous les ans change de peau !
Jeunesse que le populaire
De Jupiter avoit receu
Pour loyer de n’avoir sceu taire
Le secret larrecin du feu.
Des ce jour devint enlaidie
Par luy la santé des humains
De vieillesse et de maladie,
Des hommes hostes inhumains,
Et des ce jour il fist entendre
Le bruit de son foudre nouveau,
Et depuis n’a cessé d’espandre
Les dons de son mauvais tonneau.
Bel aubepin, fleurissant
Bel aubepin, fleurissant,
Verdissant
Le long de ce beau rivage,
Tu es vestu jusqu’au bas
Des longs bras
D’une lambrunche sauvage.
Deux camps de rouges fourmis
Se sont mis
En garnison sous ta souche ;
Dans les pertuis de ton tronc
Tout du long
Les avettes ont leur couche.
Le chantre rossignolet
Nouvelet,
Courtisant sa bien-aimée,
Pour ses amours alleger
Vient loger
Tous les ans en ta ramée.
Sur ta cime il fait son ny
Tout uny
De mousse et de fine soye,
Où ses petits esclorront,
Qui seront
De mes mains la douce proye.
Or vy gentil aubepin,
Vy sans fin,
Vy sans que jamais tonnerre,
Ou la coignée, ou les vents,
Ou les temps
Te puissent ruer par terre.
Celuy qui est mort aujourd’huy
Celuy qui est mort aujourd’huy,
Est aussi bien mort que celuy
Qui mourut aux jours du Deluge :
Autant vaut aller le premier,
Que de sejourner le dernier
Devant le parquet du grand Juge.
Incontinent que l’homme est mort,
Ou jamais ou long temps il dort
Au creux d’une tombe enfouye,
Sans plus parler, ouyr ne voir :
Hé ! quel bien sçauroit-on avoir
En perdant les yeux et l’ouye ?
Or l’ame, selon le bien-fait
Qu’hostesse du corps elle a fait,
Monte au ciel, sa maison natale ;
Mais le corps, nourriture à vers,
Dissoult de veines et de nerfs,
N’est plus qu’une ombre sepulcrale.
Il n’a plus esprit ny raison,
Emboiture ne liaison,
Artere, poux, ny veine tendre,
Cheveul en teste ne luy tient,
Et qui plus est, ne luy souvient
D’avoir jadis aimé Cassandre.
La mort ne desire plus rien.
Donc ce-pendant que j’ay le bien
De desirer vif, je demande
Estre tousjours sain et dispos,
Puis quand je n’auray que les os
La reste à Dieu je recommande.
Homere est mort, Anacreon,
Pindare, Hesiode et Bion,
Et plus n’ont soucy de s’enquerre
Du bien et du mal qu’on dit d’eux :
Ainsi apres un siecle ou deux
Plus ne sentiray rien sous terre.
Mais dequoy sert le desirer
Sinon pour l’homme martirer ?
Le desir n’est rien que martire.
Content ne vit le desireux,
Et l’homme mort est bien-heureux :
Heureux qui plus rien ne desire !
Cent et cent fois penser un penser mesme
Cent et cent fois penser un penser mesme,
A deux beaux yeux montrer à nud son cœur,
Boire tousjours d’une amère liqueur,
Manger tousjours d’une amertume extrême ;
Avoir et l’âme et le visage blême,
Plus soupirer moins fléchir la rigueur,
Mourir d’ennuy, receler sa langueur,
Du vueil d’autruy des loix faire à soymême ;
Un court despit, une aimantine foy,
Aimer trop mieux son ennemy que soy,
Se peindre au front mille vaines figures,
Vouloir crier et n’oser respirer,
Esperer tout et se désespérer,
Sont de ma mort les plus certains augures.
Chanson
. . . . . .
Venus avec son enfant
Triomphant
Au haut de son coche assise,
Laisse ses cygnes voler
Parmy l’air
Pour aller voir son Anchise.
Quelque part que ses beaux yeux
Par les cieux
Tournent leurs lumieres belles,
L’air qui se monstre serein,
Est tout plein
D’amoureuses estincelles.
Puis en descendant à bas,
Sous ses pas
Naissent mille fleurs écloses ;
Les beaux liz et les œillets
Vermeillets
Rougissent entre les roses.
Je sens en ce mois si beau
Le flambeau
D’Amour qui m’eschaufe l’ame,
Y voyant de tous costez
Les beautez
Qu’il emprunte de ma Dame.
. . . . . .
Quand je voy les grands rameaux
Des ormeaux
Qui sont lassez de lierre,
Je pense estre pris és laz
De ses bras,
Et que mon col elle serre.
. . . . . .
Quand je voy dans un jardin
Au matin,
S’esclorre une fleur nouvelle,
J’accompare le bouton
Au teton
De son beau sein qui pommelle.
. . . . . .
Quand je sens parmy les prez
Diaprez
Les fleurs dont la terre est pleine,
Lors je fais croire à mes sens
Que je sens
La douceur de son haleine.
. . . . . .
Je voudrais, pour la tenir,
Devenir
Dieu de ces forests desertes,
La baisant autant de fois
Qu’en un bois
Il y a de fueilles vertes.
. . . . . .
Ciel, air et vents, plains et monts découverts
Ciel, air et vents, plains et monts découverts,
Tertres vineux et forêts verdoyantes,
Rivages torts et sources ondoyantes,
Taillis rasés et vous bocages verts,
Antres moussus à demi-front ouverts,
Prés, boutons, fleurs et herbes roussoyantes,
Vallons bossus et plages blondoyantes,
Et vous rochers, les hôtes de mes vers,
Puis qu’au partir, rongé de soin et d’ire,
À ce bel œil Adieu je n’ai su dire,
Qui près et loin me détient en émoi,
Je vous supplie, Ciel, air, vents, monts et plaines,
Taillis, forêts, rivages et fontaines,
Antres, prés, fleurs, dites-le-lui pour moi.
Contre denise, sorcière
L’inimitié que je te porte,
Passe celle, tant elle est forte,
Des chameaux et des ours,
Vieille sorciere deshontée,
Que les bourreaux ont fouettée
Le long des carrefours.
Tirant apres toy une presse
D’hommes et de femmes espesse,
Tu monstrois nud le flanc,
Et monstrois nud parmi la rue
L’estomac et l’espaule nue
Rougissante de sang.
Mais la peine fut bien petite,
Si l’on balance ton merite :
Le Ciel ne devoit pas
Pardonner à si lasche teste,
Ains il devoit de sa tempeête
L’acravanter à bas.
La Terre mere encor pleurante
Des Geans la mort violante
Bruslez du feu des Cieux,
Te laschant de son ventre à peine,
T’engendra, vieille, pour la haine
Qu’elle portoit aux Dieux.
Ta sçais que vaut mixtionnée
La drogue qui nous est donnée
Des païs chaleureux,
Et en quel mois, en quelles heures,
Les fleurs des femmes sont meilleures
Au breuvage amoureux.
Nulle herbe soit elle aux montagnes,
Ou soit venimeuse aux campagnes,
Tes yeux sorciers ne fuit,
Que tu as mille fois coupée
D’une serpe d’airain courbée,
Béant contre la nuit.
Le soir, quand la Lune fouëtte
Ses chevaux par la nuict muette,
Pleine de rage, alors,
Voilant ton execrable teste
De la peau d’une estrange beste,
Tu t’eslances dehors.
Au seul souspir de ton haleine,
Les chiens effroyez par la plaine,
Aguisent leurs abois ;
Les fleuves contremont reculent,
Les loups suivant ta trace hurlent
Ton ombre par les bois.
Hostesse des lieux solitaires,
Et par l’horreur des cimetaires
Où tu hantes le plus,
Au son des vers que tu murmures,
Les corps des morts tu des-emmures
De leurs tombeaux reclus.
Vestant de l’un l’image vaine
Tu fais trembler et cœur et veine
Rebarbotant un sort,
A la veufve qui se tourmente,
Ou à la mere qui lamente
Son seul heritier mort.
Tu fais que la Lune enchantée
Marche par l’air toute argentée,
Luy dardant d’icy bas
Telle couleur aux jouës palles,
Que le son de mille cymbales
Ne divertiroit pas.
Tu es la frayeur du village :
Chacun craignant ton sorcelage
Te ferme sa maison,
Tremblant de peur que tu ne taches
Ses bœufs, ses moutons et ses vaches
Du jus de ta poison.
J’ay veu souvent ton œil senestre,
Trois fois regardant de loing paistre
La guide du troupeau,
L’ensorceler de telle sorte,
Que tost apres je la vy morte,
Et les vers sur la peau.
Comme toy Medee execrable
Fut bien quelquefois profitable :
Ses venins ont servy,
Reverdissant d’Eson l’escorce :
Au contraire, tu m’as par force
Mon beau printemps ravy.
Dieux ! si là haut pitié demeure,
Pour recompense qu’elle meure,
Et ses oz diffamez,
Privez d’honneur de sepulture,
Soient des corbeaux goulus pasture,
Et des chiens affamez.
Discours
. . . . . .
Que j’aime la saison, où le mari de Rhée
Gouvernoit sous sa faux la terre bien-heurée !
Lors Hymen n’estoit Dieu, et encores le doy
Ne cognoissoit l’anneau, le prestre, ny la loy.
Le plaisir estoit libre, et l’ardeur nécessaire
De Venus la germeuse estoit par tout vulgaire,
Sous un arbre, en un antre, en un chemin fourché,
Et la honte, pour lors, n’estoit encor péché.
Encores s’ignoroit l’amour acquise à force,
Dots, anneaux et contracts, la plainte et le divorce,
Et le nom de mari, qui semble si cruel,
Et, pour un petit mot, un mal perpetuel.
Si tu n’eusses, contant, ta liberté vendue,
Je t’eusse plus célébré et plus noble rendue
Que les trois feux des trois, à Rome si cognus,
Precepteurs délicats des enfans de Venus,
Qui ont chanté Lesbie et Cynthie et Corinne,
Et les chantent encor, dessous l’ombre myrtinne.
Telle je t’eusse fait, et me l’avoit promis
Cypris, qui, pour parade, en ses cheveux a mis
Le myrte entortillé, et qui donna pour proye
Helene Amycléenne au beau berger de Troye.
Quand la Mort, dont l’orreur espouvante un chacun,
Nous eust conduit là-bas au passage commun,
Ces trois, en relisant mes vers dessus ta face,
Pour l’honneur de mon nom t’eussent quitté leur place.
. . . . . .
Je resve, et mon esprit s’en-est volé de moy ;
Je n’advise en voyant la chose que je voy :
Je faux, cest estranger ne l’a point espousée,
Venus en ma faveur soudain a composée
Une image en lieu d’elle, à fin que, sans deduict,
Une idole en ses bras se couchast toute nuict,
Un squelette seiché, une carcasse etique,
Un fantosme de corps fiévreux et pulmonique.
Venus l’a transférée aux vergers Cypriens,
Et entre les odeurs des prez Idaliens,
Où, se paissant de fleurs, entretient la deesse,
La conduit en son temple et la sert de prestresse,
L’encense et la supplie, et le reste du jour
Comme un petit enfant se joue avecque Amour.
Ha ! je ne suis trompé, ha ! ce n’est pas feintise :
J’oy le peuple amassé qui bruit devant l’Eglise ;
J’oy les hault-bois sonner, et la pompe devant ;
Je voy ses beaux cheveux, esparpillez au vent.
C’est elle, je la voy, je cognoy son visage,
Qui m’a tenu quatre ans en l’amoureux servage ;
Je recognoy ses yeux, je voy comme dedans
Amour forge ses traits et ses flambeaux ardans.
Phebus, s’il est ainsi que tu sois nostre pere,
Refuse à ceste nopce aujourd’huy ta lumiere :
Tenebres soyent par tout, ou si le jour est clair,
Que ce soit par le feu d’un flamboyant esclair
Esclatté du tonnerre, et sur la cheminée
Les corbeaux et hiboux chantent son hymenée.
. . . . . .
Discours a scevole de ste marthe
. . . . . .
J'estois un jour amoureux d’une Dame
Qui d’outre en outre avoit percé mon ame
De ses beaux yeux ; plus mon cœur s’allumoit
Mourant pour elle, et moins elle m’aimoit,
De mon tourment apparoissant plus belle,
Et sa beauté la rendoit plus cruelle.
. . . . . .
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Quand du haut ciel les ames abaissées
Dedans les corps languissent oppressées
De la matiere et du pesant fardeau,
Je leur esclaire aux rais de mon flambeau ;
Je les resveille et leur preste mes ailes
Pour revoler es maisons eternelles
Par le bien-fait de contemplation.
Car de l’Amour la plus belle action
Est de rejoindre en charité profonde
L’ame à son Dieu tandis qu’elle est au monde.
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Discours a très illustre et vertueuse princesse marie stuart, reine d’écosse
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La Nature a tousjours dedans la mer lointaine,
Par les bois, par les rocs, sous des monceaux d’areine,
Recelé les beautez, et n’a point à nos yeux
Monstré ce qui estoit le plus delicieux :
Les perles, les rubis sont enfans des rivages,
Et tousjours les odeurs sont aux terres sauvages.
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