. . . . . .
Que j’aime la saison, où le mari de Rhée
Gouvernoit sous sa faux la terre bien-heurée !
Lors Hymen n’estoit Dieu, et encores le doy
Ne cognoissoit l’anneau, le prestre, ny la loy.
Le plaisir estoit libre, et l’ardeur nécessaire
De Venus la germeuse estoit par tout vulgaire,
Sous un arbre, en un antre, en un chemin fourché,
Et la honte, pour lors, n’estoit encor péché.
Encores s’ignoroit l’amour acquise à force,
Dots, anneaux et contracts, la plainte et le divorce,
Et le nom de mari, qui semble si cruel,
Et, pour un petit mot, un mal perpetuel.
Si tu n’eusses, contant, ta liberté vendue,
Je t’eusse plus célébré et plus noble rendue
Que les trois feux des trois, à Rome si cognus,
Precepteurs délicats des enfans de Venus,
Qui ont chanté Lesbie et Cynthie et Corinne,
Et les chantent encor, dessous l’ombre myrtinne.
Telle je t’eusse fait, et me l’avoit promis
Cypris, qui, pour parade, en ses cheveux a mis
Le myrte entortillé, et qui donna pour proye
Helene Amycléenne au beau berger de Troye.
Quand la Mort, dont l’orreur espouvante un chacun,
Nous eust conduit là-bas au passage commun,
Ces trois, en relisant mes vers dessus ta face,
Pour l’honneur de mon nom t’eussent quitté leur place.
. . . . . .
Je resve, et mon esprit s’en-est volé de moy ;
Je n’advise en voyant la chose que je voy :
Je faux, cest estranger ne l’a point espousée,
Venus en ma faveur soudain a composée
Une image en lieu d’elle, à fin que, sans deduict,
Une idole en ses bras se couchast toute nuict,
Un squelette seiché, une carcasse etique,
Un fantosme de corps fiévreux et pulmonique.
Venus l’a transférée aux vergers Cypriens,
Et entre les odeurs des prez Idaliens,
Où, se paissant de fleurs, entretient la deesse,
La conduit en son temple et la sert de prestresse,
L’encense et la supplie, et le reste du jour
Comme un petit enfant se joue avecque Amour.
Ha ! je ne suis trompé, ha ! ce n’est pas feintise :
J’oy le peuple amassé qui bruit devant l’Eglise ;
J’oy les hault-bois sonner, et la pompe devant ;
Je voy ses beaux cheveux, esparpillez au vent.
C’est elle, je la voy, je cognoy son visage,
Qui m’a tenu quatre ans en l’amoureux servage ;
Je recognoy ses yeux, je voy comme dedans
Amour forge ses traits et ses flambeaux ardans.
Phebus, s’il est ainsi que tu sois nostre pere,
Refuse à ceste nopce aujourd’huy ta lumiere :
Tenebres soyent par tout, ou si le jour est clair,
Que ce soit par le feu d’un flamboyant esclair
Esclatté du tonnerre, et sur la cheminée
Les corbeaux et hiboux chantent son hymenée.
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Que j’aime la saison, où le mari de Rhée
Gouvernoit sous sa faux la terre bien-heurée !
Lors Hymen n’estoit Dieu, et encores le doy
Ne cognoissoit l’anneau, le prestre, ny la loy.
Le plaisir estoit libre, et l’ardeur nécessaire
De Venus la germeuse estoit par tout vulgaire,
Sous un arbre, en un antre, en un chemin fourché,
Et la honte, pour lors, n’estoit encor péché.
Encores s’ignoroit l’amour acquise à force,
Dots, anneaux et contracts, la plainte et le divorce,
Et le nom de mari, qui semble si cruel,
Et, pour un petit mot, un mal perpetuel.
Si tu n’eusses, contant, ta liberté vendue,
Je t’eusse plus célébré et plus noble rendue
Que les trois feux des trois, à Rome si cognus,
Precepteurs délicats des enfans de Venus,
Qui ont chanté Lesbie et Cynthie et Corinne,
Et les chantent encor, dessous l’ombre myrtinne.
Telle je t’eusse fait, et me l’avoit promis
Cypris, qui, pour parade, en ses cheveux a mis
Le myrte entortillé, et qui donna pour proye
Helene Amycléenne au beau berger de Troye.
Quand la Mort, dont l’orreur espouvante un chacun,
Nous eust conduit là-bas au passage commun,
Ces trois, en relisant mes vers dessus ta face,
Pour l’honneur de mon nom t’eussent quitté leur place.
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Je resve, et mon esprit s’en-est volé de moy ;
Je n’advise en voyant la chose que je voy :
Je faux, cest estranger ne l’a point espousée,
Venus en ma faveur soudain a composée
Une image en lieu d’elle, à fin que, sans deduict,
Une idole en ses bras se couchast toute nuict,
Un squelette seiché, une carcasse etique,
Un fantosme de corps fiévreux et pulmonique.
Venus l’a transférée aux vergers Cypriens,
Et entre les odeurs des prez Idaliens,
Où, se paissant de fleurs, entretient la deesse,
La conduit en son temple et la sert de prestresse,
L’encense et la supplie, et le reste du jour
Comme un petit enfant se joue avecque Amour.
Ha ! je ne suis trompé, ha ! ce n’est pas feintise :
J’oy le peuple amassé qui bruit devant l’Eglise ;
J’oy les hault-bois sonner, et la pompe devant ;
Je voy ses beaux cheveux, esparpillez au vent.
C’est elle, je la voy, je cognoy son visage,
Qui m’a tenu quatre ans en l’amoureux servage ;
Je recognoy ses yeux, je voy comme dedans
Amour forge ses traits et ses flambeaux ardans.
Phebus, s’il est ainsi que tu sois nostre pere,
Refuse à ceste nopce aujourd’huy ta lumiere :
Tenebres soyent par tout, ou si le jour est clair,
Que ce soit par le feu d’un flamboyant esclair
Esclatté du tonnerre, et sur la cheminée
Les corbeaux et hiboux chantent son hymenée.
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