Adélaïde Dufrénoy

Adélaïde Dufrénoy

1765–1825 · a vécu 59 ans FR FR

n. 1765-12-03, Nantes · m. 1825-03-08, rue des Francs-Bourgeois

L’amour

Passer ses jours à désirer
Sans trop savoir ce qu’on désire ;
Au même instant rire et pleurer
Sans raison de pleurer et sans raison de rire ;
Redouter le matin et le soir souhaiter
D’avoir toujours droit de se plaindre ;
Craindre quand on doit se flatter
Et se flatter quand on doit craindre ;
Adorer, haïr son tourment ;
À la fois s’effrayer, se jouer des entraves ;
Passer légèrement sur les affaires graves
Pour traiter un rien gravement ;
Se montrer tour à tour dissimulé, sincère,
Timide, audacieux, crédule, méfiant ;
Trembler en tout sacrifiant,
De n’en point encore assez faire ;
Soupçonner les amis qu’on devrait estimer,
Être le jour, la nuit en guerre avec soi-même,
Voilà ce qu’on se plaint de sentir quand on aime,
Et de ne plus sentir quand on cesse d’aimer.
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Poèmes

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L’amour

Passer ses jours à désirer
Sans trop savoir ce qu’on désire ;
Au même instant rire et pleurer
Sans raison de pleurer et sans raison de rire ;
Redouter le matin et le soir souhaiter
D’avoir toujours droit de se plaindre ;
Craindre quand on doit se flatter
Et se flatter quand on doit craindre ;
Adorer, haïr son tourment ;
À la fois s’effrayer, se jouer des entraves ;
Passer légèrement sur les affaires graves
Pour traiter un rien gravement ;
Se montrer tour à tour dissimulé, sincère,
Timide, audacieux, crédule, méfiant ;
Trembler en tout sacrifiant,
De n’en point encore assez faire ;
Soupçonner les amis qu’on devrait estimer,
Être le jour, la nuit en guerre avec soi-même,
Voilà ce qu’on se plaint de sentir quand on aime,
Et de ne plus sentir quand on cesse d’aimer.

Le besoin d’aimer

Pourquoi depuis un temps, inquiète et rêveuse,
Suis-je triste au sein des plaisirs ?
Quand tout sourit à mes désirs,
Pourquoi ne suis-je pas heureuse ?

Pourquoi ne vois-je plus venir à mon réveil
La foule des riants mensonges ?
Pourquoi dans les bras du sommeil
Ne trouvé-je plus de doux songes ?

Pourquoi, beaux-arts, pourquoi vos charmes souverains
N’enflamment-ils plus mon délire ?
Pourquoi mon infidèle lyre
S’échappe-t-elle de mes mains ?

Quel est ce poison lent qui pénètre mes veines,
Et m’abreuve de ses langueurs ?
Quand mon âme n’a point de peine,
Pourquoi mes yeux ont-ils des pleurs ?
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Le divorce

Au mépris de l’hymen sacré,
Dont rien ne dût rompre la chaîne,
Mon époux, tant idolâtré,
De mes bras s’arrache sans peine !
Ah ! si mon amour et mes soins,
Ingrat, ont cessé de te plaire,
Ton cœur te devrait dire au moins
Que de ton fils je suis la mère.

Hélas ! je vais donc voir mon lit
Profané par une étrangère,
Et, veuve d’un époux qui vit,
Rester sans appui sur la terre !
L’époux qui dût m’enorgueillir,
Souillant des nœuds que je révère,
Ose me contraindre à rougir
Des titres d’épouse et de mère.

Vainement ton manque de foi
Par la loi devient légitime ;
Plus délicate que la loi,
La nature t’en fait un crime.
Vois cet oiseau prompt à changer ;
L’inconstance est son caractère,
Mais il cesse d’être léger
Quand sa compagne devient mère.

De ton épouse éloigne-toi,
Suis de tes feux la folle ivresse ;
Tu restes maître de ma foi ;
Peut-être, hélas ! de ma tendresse.
Nos nœuds ne seront point trahis,
Bien qu’à d’autres je pourrais plaire :
Tu ravis un père à ton fils ;
À ton fils je garde sa mère.

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