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Opuscules poétiques
Adélaïde Dufrénoy
1796
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Opuscules poétiques

1796

L’amour

Passer ses jours à désirer
Sans trop savoir ce qu’on désire ;
Au même instant rire et pleurer
Sans raison de pleurer et sans raison de rire ;
Redouter le matin et le soir souhaiter
D’avoir toujours droit de se plaindre ;
Craindre quand on doit se flatter
Et se flatter quand on doit craindre ;
Adorer, haïr son tourment ;
À la fois s’effrayer, se jouer des entraves ;
Passer légèrement sur les affaires graves
Pour traiter un rien gravement ;
Se montrer tour à tour dissimulé, sincère,
Timide, audacieux, crédule, méfiant ;
Trembler en tout sacrifiant,
De n’en point encore assez faire ;
Soupçonner les amis qu’on devrait estimer,
Être le jour, la nuit en guerre avec soi-même,
Voilà ce qu’on se plaint de sentir quand on aime,
Et de ne plus sentir quand on cesse d’aimer.

Le divorce

Au mépris de l’hymen sacré,
Dont rien ne dût rompre la chaîne,
Mon époux, tant idolâtré,
De mes bras s’arrache sans peine !
Ah ! si mon amour et mes soins,
Ingrat, ont cessé de te plaire,
Ton cœur te devrait dire au moins
Que de ton fils je suis la mère.

Hélas ! je vais donc voir mon lit
Profané par une étrangère,
Et, veuve d’un époux qui vit,
Rester sans appui sur la terre !
L’époux qui dût m’enorgueillir,
Souillant des nœuds que je révère,
Ose me contraindre à rougir
Des titres d’épouse et de mère.

Vainement ton manque de foi
Par la loi devient légitime ;
Plus délicate que la loi,
La nature t’en fait un crime.
Vois cet oiseau prompt à changer ;
L’inconstance est son caractère,
Mais il cesse d’être léger
Quand sa compagne devient mère.

De ton épouse éloigne-toi,
Suis de tes feux la folle ivresse ;
Tu restes maître de ma foi ;
Peut-être, hélas ! de ma tendresse.
Nos nœuds ne seront point trahis,
Bien qu’à d’autres je pourrais plaire :
Tu ravis un père à ton fils ;
À ton fils je garde sa mère.
❦ Opuscules poétiques · Adélaïde Dufrénoy · 1796
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