Cent et cent fois penser un penser mesme

Cent et cent fois penser un penser mesme,
A deux beaux yeux montrer à nud son cœur,
Boire tousjours d’une amère liqueur,
Manger tousjours d’une amertume extrême ;

Avoir et l’âme et le visage blême,
Plus soupirer moins fléchir la rigueur,
Mourir d’ennuy, receler sa langueur,
Du vueil d’autruy des loix faire à soymême ;

Un court despit, une aimantine foy,
Aimer trop mieux son ennemy que soy,
Se peindre au front mille vaines figures,

Vouloir crier et n’oser respirer,
Esperer tout et se désespérer,
Sont de ma mort les plus certains augures.
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