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Second Livre des Poèmes
Pierre de Ronsard
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Second Livre des Poèmes

Excellence de l’esprit

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Comme une bonne mère, apres que son fils dort
Couché seul au berceau, hors de la chambre sort,
Et dedans un jardin s’esbat et se promeine
Jusqu’à tant que le soin de son fils la r’ameine,
Duquel elle est soigneuse, et le trouvant seulet,
Descouvre sa mammelle et luy donne du laict ;
Ainsi nostre ame sort, quand nostre corps repose,
Comme d’une prison où elle estoit enclose,
Et en se promenant et jouant par les cieux,
Son pays naturel, banquete avec les Dieux ;
Puis, ayant bien mangé de la saincte Ambrosie,
Redevalle en son corps pour le remettre en vie,
Qui pasmé sommeilloit, et qui soudain mourroit,
Si l’ame à retourner trop long temps demeuroit.
Si tost qu’elle est rentrée, elle luy communique
Ce qu’elle apprend de Dieu, luy monstre la pratique
Du mouvement du ciel, luy merque les grandeurs
Des Astres etherez, leur force et leurs splendeurs,
Des grands et des petits ; car, comme en une ville
Où chacun garde bien la police civile,
On voit les Senateurs au premier rang marchans
Tenir leur gravité, au second les marchans,
Au tiers les artizans, au quart la populace ;
Ainsi dedans le ciel les Astres ont leur place
Et leur propre degré, grands, petits et moyens,
De la maison du ciel eternels citoyens.
Elle luy dit apres s’il y a d’autres Mondes,
Si Nature reçoit les formes vagabondes,
Si le Soleil, si Mars, et si la Lune aussi
D’hommes sont habitez, comme est la terre icy
De villes, de forests, de prez et de rivieres ;
Si leurs corps sont formez de plus simples matieres
Que les nostres mortels, qui sont faits grossement
Comme habitans ce sombre et grossier Element.
Luy dit comme se fait la foudre dans les nues,
Les gresles, les frimats, et les pluyes menues,
Vents, neiges, tourbillons, et luy fait mesurer
Le ciel, la mer, la terre, à fin de l’assurer
Par mysteres si hauts, que nostre ame est divine,
Ayant prise de Dieu sa premiere origine.
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❦ Second Livre des Poèmes · Pierre de Ronsard
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