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Quand l'Eternel bastit le grand palais du Monde,
Il peupla de poissons les abysmes de l’onde,
D’hommes la terre, et l’air de Daimons, et les cieux
D’Anges, à celle fin qu’il n’y eust point de lieux
Vuides en l’Univers, et selon leurs natures
Qu’ils fussent tous remplis de propres creatures.
Il mist aupres de luy, son plaisir le voulut,
L’escadron precieux des Anges, qu’il eslut
Pour citoyens du ciel, qui sans corps y demeurent,
Et, francs de passions, non plus que luy ne meurent ;
Esprits intelligens, plus que les nostres purs,
Qui cognoissent les ans tant passez que futurs,
Et tout l’estat mondain, comme voyant les choses
De pres au sein de Dieu, où elles sont encloses.
En l’estage de l’air dessous la lune espars,
Air gros, espais, brouillé, qui est de toutes pars
Tousjours remply de vents, de foudres et d’orages,
Il logea les Daimons au milieu des nuages,
Leur place destinée, ayans un corps leger,
L’un de feu, l’autre d’air, à fin de voyager
Aisément par le vague, et ne tomber en terre,
Et pesant quelque peu, à fin que leur corps n’erre
Trop haut jusques au ciel, abandonnant le lieu
Qui leur est destiné par le vouloir de Dieu.
Ne plus ne moins qu’on voit l’exercite des nues,
En un temps pluvieux, également pendues
D’un juste poids en l’air, marcher ainsi qu’il faut,
Ny descendre trop bas, ny s’eslever trop haut,
Et tout ainsi qu’on voit qu’elles mesmes se forment
En cent divers portraits, dont les vents les transforment
En Centaures, serpens, oiseaux, hommes, poissons,
Et d’une forme en l’autre errent en cent façons,
Tout ainsi les Daimons, qui ont le corps habile,
Aisé, souple, dispost, à se muer facile,
Changent bien tost de forme, et leur corps agile est
Transformé tout soudain en tout ce qu’il leur plaist…
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On dit qu’en Norovegue ils se louent à gages,
Et font comme valets des maisons les mesnages,
Ils pansent les chevaux, ils vont tirer le vin,
Ils font cuire le rost, ils serencent le lin,
Ils filent la fusée, et les robbes nettoyent
Au lever de leur maistre, et les places baloyent.
Or, qui voudroit narrer les contes qu’on fait d’eux,
De tristes, de gaillards, d’horribles, de piteux,
On n’auroit jamais fait, car homme ne se treuve
Qui tousjours n’en raconte une merveille neuve.
Les autres, moins terrains, sont à part habitans,
Torrens, fleuves, ruisseaux, les lacs et les estans,
Les marais endormis, et les fontaines vives,
En forme de Sereine apparoissant aux rives.
Tant que les aerins ils n’ont d’affections,
Aussi leur corps ne prend tant de mutations :
Ils n’aiment qu’une forme, et volontiers icelle
Est, du nombril en haut, d’une jeune pucelle
Qui a les cheveux longs, et les yeux verts et beaux,
Contre-imitans l’azur de leurs propres ruisseaux.
Pource ils se font nommer Naiades, Nereides,
Les filles de Thetis, les cinquante Phorcides,
Qui errent par la mer sur le dos des dauphins,
Bridans les esturbots, les fouches et les thins,
Aucunefois vagant tout au sommet des ondes,
Aucunefois au bas des abysmes profondes.
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O Seigneur Eternel, en qui seul gist ma foy,
Pour l’honneur de ton nom, de grace donne moy,
Donne moy que jamais je ne trouve en ma voye
Ces paniques terreurs, mais, ô Seigneur, envoye
Loin de la Chrestienté, dans le pays des Turcs,
Ces Larves, ces Daimons, ces Lares et Lemurs,
Ou sur le chef de ceux qui oseront mesdire
Des chansons que j’accorde à ma nouvelle lyre,