Pierre de Ronsard

Pierre de Ronsard

1524–1585 · a vécu 61 ans FR FR

n. 1524-09-11, La Possonnière Castle · m. 1585-12-27, La Riche

Ah Dieu ! que malheureux nous sommes !

Ah Dieu ! que malheureux nous sommes !
Ah Dieu ! que de maux en un temps
Offensent la race des hommes
Semblable aux fueilles du Printemps,
Qui vertes dessus l’arbre croissent,
Puis elles l’Automne suivant,
Seiches à terre n’apparoissent
Qu’un jouët remoqué du vent !

Vrayment l’esperance est meschante
D’apparence elle nous deçoit,
Et tous jours pipant elle enchante
Le pauvre sot qui la reçoit.
Mais le sage qui ne se fie
Qu’en la plus seure verité,
Sçait que le tout de nostre vie
N’est rien que pure vanité.

Tandis que la crespe jouvence
La fleur des beaux ans nous produit,
Jamais le jeune enfant ne pense
A la vieillesse qui le suit,
Ne jamais l’homme heureux n’espere
De se voir tomber en mechef,
Sinon alors que la misere
Desja luy pend dessus le chef.

Homme chetif et miserable,
Pauvre abusé, ne sçais-tu pas
Que la jeunesse est peu durable,
Et que la mort guide nos pas,
Et que nostre fangeuse masse
Si tost s’esvanouït en rien,
Qu’à grand’peine avons-nous l’espace
D’apprendre le mal et le bien ?

Le Destin et la Parque noire
En tous âges sillent nos yeux :
Jeunes et vieux ils meinent boire
Les flots du lac oblivieux.
Mesmes les Rois foudres de guerre,
Despouillez de veines et d’os,
Ainsi que vachers, sous la terre
Viendront au throne de Minos.
. . . . . .

Ah ! que maudite soit l’asnesse,
Laquelle pour trouver de l’eau,
Au serpent donna la jeunesse,
Qui tous les ans change de peau !
Jeunesse que le populaire
De Jupiter avoit receu
Pour loyer de n’avoir sceu taire
Le secret larrecin du feu.

Des ce jour devint enlaidie
Par luy la santé des humains
De vieillesse et de maladie,
Des hommes hostes inhumains,
Et des ce jour il fist entendre
Le bruit de son foudre nouveau,
Et depuis n’a cessé d’espandre
Les dons de son mauvais tonneau.
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Poèmes

51

Vœu

Divines Sœurs, qui sur les rives molles
De Castalie, et sur le mont natal,
Et sur le bord du chevalin crystal
M’avez d’enfance instruit en vos escoles ;

Si tout ravy des saults de vos caroles,
D’un pied nombreux j’ay guidé vostre bal,
Plus dur qu’en fer, qu’en cuivre et qu’en metal,
Dans vostre Temple engravez ces paroles :

Ronsard, afin que le siècle avenir
De temps en temps se puisse souvenir
Que sa jeunesse à l’amour fist homage,

De la main dextre apand à vostre autel
L’humble présent de son livre immortel
Son cœur de l’autre aux pieds de ceste image.

Livres

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