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Sonnets pour Hélène
Pierre de Ronsard
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Sonnets pour Hélène

Je plante en ta faveur cet arbre de Cybèle

Je plante en ta faveur cet arbre de Cybèle,
Ce pin, où tes honneurs se liront tous les jours.
J’ai gravé sur le tronc nos noms et nos amours,
Qui croîtront à l’envi de l’écorce nouvelle.

Faunes, qui habitez ma terre paternelle,
Qui menez sur le Loir vos danses et vos tours,
Favorisez la plante et lui donnez secours,
Que l’été ne la brûle et l’hiver ne la gèle.

Pasteur qui conduiras en ce lieu ton troupeau,
Flageolant une églogue en ton tuyau d’aveine,
Attache tous les ans à cet arbre un tableau,

Qui témoigne aux passants mes amours et ma peine ;
Puis, l’arrosant de lait et du sang d’un agneau,
Dis : Ce pin est sacré ; c’est la plante d’Hélène.

Te regardant assise auprès de ta cousine

Te regardant assise auprès de ta cousine
Belle comme une Aurore, et toi comme un Soleil,
Je pensai voir deux fleurs d’un même teint pareil,
Croissantes en beauté sur la rive voisine.

La chaste, sainte, belle et unique Angevine,
Vite comme un éclair, sur moi jeta son œil ;
Toi, comme paresseuse et pleine de sommeil,
D’un seul petit regard tu ne m’estimas digne.

Tu t’entretenais seule au visage abaissé,
Pensive toute à toi, n’aimant rien que toi-même,
Dédaignant un chacun d’un sourcil ramassé,

Comme une qui ne veut qu’on la cherche ou qu’on l’aime.
J’eus peur de ton silence et m’en allai tout blême,
Craignant que mon salut n’eût ton œil offensé.
❦ Sonnets pour Hélène · Pierre de Ronsard
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