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Derniers poèmes en vers et en prose
Max Jacob
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Derniers poèmes en vers et en prose

Ballade de la campagne-exil

Les paysans m’appellent par mon nom sur les routes,
comme ils reconnaissent une alouette d’une grive
mais ils connaissent mieux les noms des gibiers que le mien car
mon nom est Douleur.

Si ce que j’aime s’appesantit sur ma blessure, il la gêne,
s’il ne s’appesantit que sur l’été, c’est la plaine qui souffre.

Qui nourrira mon amour et l’été si ce n’est cette douleur,
puisque mon amour et l’été ne peuvent plus se nourrir de joie.

Le cygne s’en va dans le sens des branches
et les muses nues me prennent les bras;
le cheval ailé comprend ma souffrance
et les fleurs des prés s’écartent de moi.

Serres chaudes

Sur la margelle du puits
la main se pose, le cadran
solaire marque l’heure.
La main porte un anneau de buis
quelle heure est-il? j’ai peur.
On a marché dans les feuillages tropicaux
Un vaisseau entre au port
la princesse revient de l’hôpital.
L’ombre dans le jardin couvre la pâleur
du jet d’eau. On a marché dans les feuillages.
Ce sont les troupeaux de brebis
qui reviennent du palais royal.
Sur la margelle du puits
la main n’est plus seule,
l’ombre du saule frémit sur le voilier dans le port.

Souvenirs du vieux Montmartre

J’épouse un facteur en retraite !
Après la noce, un strapontin
Se peut-il que maman répète
Ce soir à la Porte-Saint-Martin.
Il faudra noter vos dépenses,
les recettes s’il y en a.
C’est moins pénible qu’on ne pense
et ton mari t’approuvera.

Ma mère était danseuse,
mon père chapardeur,
c’est pourquoi je suis pieuse
et j’ai la bouche en cœur.
❦ Derniers poèmes en vers et en prose · Max Jacob
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