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Vers d’exil
Paul Claudel
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Vers d’exil

L’ombre m’atteint, mon jour terrestre diminue

L’ombre m’atteint, mon jour terrestre diminue.
Le passé est passé et l’avenir n’est plus.
Adieu, enfant ! Adieu, jeune homme que je fus !
La main pauvre est sur moi et voici l’heure nue !

J’ai vécu. Le bruit des hommes m’’est étranger.
Tout est fini ; je suis tout seul ; j’attends, je veille.
Je n’ai plus avec moi que ta lueur vermeille,
Lampe ! Je suis assis comme un homme jugé.

Longs furent mon ennui et ma sollicitude !
Long l’exil ! Longue fut la route jusqu’ici.
Le terme est mien, je vois cela que j’ai choisi,
Ferme dans ma faiblesse et dans ma lassitude.

Maintenant j’ai fini de parler ; seul, captif,
Comme un mouton vendu aux mains de qui l’emmène,
J’écoute seulement, j’attends, tout prêt, que vienne
L’heure dernière avec l’instant définitif.

Ne dis point que le ciel est bleu.

(Souvenir de ce retour.)

Ne dis point que le ciel est bleu ! Il est quatre heures.
Point d’air, point de soleil ; le ciel est blanc et bleu.
— Ne dis point que je suis ici ! — Un enfant pleure.
Je sens l’odeur des fleurs une par une. Il pleut.

Donc, c’est cela le monde et c’est cela la vie !
C’était cela, la Mer ! Et le reste est ceci.
Passé, présent, tout est comme en photographie.
Ô le hasard, 6 l’amertume d’être ici !

Est-ce toi mon âme ? Écoute. Dis : Je suis seule.
— Et puis encor ? L’ennui ! L’ombre qui fait son tour.
— Et puis ? — La paix. Plus rien. La paix. Dis : Je suis seule.
— Amour. — Ne dis point amour. Ne dis point amour !

Amour ! Parce que je suis grandement malade !
Amour ! Dis : Je suis seule. Ne dis point amour !
Hier ! Demain ! La chose à faire ! tout est fade !
Il me dure et de moi, et de vivre et du jour !
J’aime ! — Et puis ? — J’aime ! Et qui ? — Je n’aime rien, chut ! —

Jaime ! — Tout le monde est rentré, voici le soir.
La lampe se rallume et ce lieu est le même.
— Que la mer était triste et que le ciel est noir !
❦ Vers d’exil · Paul Claudel
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