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Les Médailles d’argile
Henri de Régnier
1900
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Les Médailles d’argile

1900

La Prisonnière

Tu m’as fui; mais j’ai vu tes yeux quand tu m’as fui;
Je sais ce qu’à la main pèse ta gorge dure
Et le goût, la couleur, la ligne et la courbure
De ton corps disparu que mon désir poursuit.

Tu mets entre nous deux la forêt et la nuit;
Mais, malgré toi, fidèle à ta beauté parjure,
J’ai médité ta forme éparse en l’ombre obscure
Et je te referai la même. L’aube luit;

J’y dresserai le bloc debout de ta statue
Pour en remplir l’espace exact où tu fus nue.
Captive en la matière inerte, désormais,

Tu t’y tordras muette et encor furieuse
D’être prise, vivante et morte pour jamais,
Dans la pierre marbrée ou la terre argileuse.

Sur la grève

Couche-toi sur la grève et prends en tes deux mains,
Pour le laisser couler ensuite, grain par grain,
De ce beau sable blond que le soleil fait d’or ;
Puis, avant de fermer les yeux, contemple encor
La mer harmonieuse et le ciel transparent,
Et, quand tu sentiras, peu à peu, doucement,
Que rien ne pèse plus à tes mains plus légères,
Avant que de nouveau tu rouvres tes paupières,
Songe que notre vie à nous emprunte et mêle
Son sable fugitif à la grève éternelle.
❦ Les Médailles d’argile · Henri de Régnier · 1900
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