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Voyage en Touraine
Paul Fort
1917
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Voyage en Touraine

1917

Âme tourangelle

En ces soirs mélodieux, immatériels, et qui troublent la lune à peine d’un fin voile, avec la même aspiration vers le ciel que ces nuées laissant errer leurs stries d’opale,

tes cheveux, quand tu penches vers moi ton visage, épousent en flottant la trace des nuages, mais je vois à travers leur écran voltigeant la Loire tremblante, la Loire au flot d’argent,

et tes yeux verts, tes yeux qui s’argentent aussi, lorsque ton pur visage aussi tremble en mes mains, souvent jusqu’au petit rayon vert du matin, me font sur eux baiser l’âme de ce pays.

Amour tremblant, divin amour, pâleur des nuits, vous aurez donc mêlé notre âme pour toujours à la mélancolie d’une eau qui tremble et luit; amour chaste! pâleur des nuits! divin amour!

Lorsque la blanche lune, ainsi qu’un doux château, se mire au noir de l’onde où trempent les joncs grêles, quand le zéphyr pousse ma barque en des roseaux qui pleurent au miroir des

avec la même aspiration vers le ciel que ces nuées laissant errer leurs stries d’opale et que tes blonds cheveux dont flottent les soies pâles, notre âme s’est ravie en l’âme tourangelle.
❦ Voyage en Touraine · Paul Fort · 1917
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