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Poésies documentaires
Pierre Mac Orlan
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Poésies documentaires

Le manège d’aéroplanes

A la fête de Montmartre, au milieu de l’année 1906, Guillaume Apollinaire, Salmon, Jacques Vaillant, Julien Callé et moi, nous montâmes sur ce manège de monoplans dans le but de participer au progrès tout en restant attachés au sol par des traditions littéraires et par le pignon de ce manège.
Comme nous étions riches et naturellement bienveillants, nous jetâmes sur la foule qui criait « Noël » des cigares allumés, des épluchures de bananes, des oranges sucées et des billes de bil-

Une musique angélique nous entraînait dans son vertige et les monoplans tournaient comme les volants d’un jupon de dan-

Il fallut enfin descendre. Et c’est depuis ce jour que j’ai fait l’acquisition d’un râtelier, de deux béquilles en bois et d’une perruque discrète. A cette époque nous savions accumuler les souvenirs.

Manège d’enfants

Encore une chanson populaire annotée par Gérard de Nerval. On y rencontre des personnages charmants avec des cerveaux à un cylindre : des lapins russes venus de l’Ukraine par les airs, des autos en forme de sabots de Noël et les cygnes qui conduisirent Lohengrin quand il eut consommé toute gloire.
Les enfants adorent les choses compliquées. C’est pourquoi ils ‘aiment d’un amour qui nous échappe les lapins savants du pays de la neige toujours neuve et les cygnes dont le col harmonieux se courbe sur la baignoire, qui reçoit le corps peint par Renoir d’une Léda de la petite bourgeoisie.
Les lapins tournent dans un sens, et les enfants tournent dans l’autre. Les mamans crient et la vapeur siffle, un orgue, sentimental comme un petit ramoneur, joue : « Il était une bergère ! »
Le marchand reçoit les sous. C’est le désordre d’un jeune jardin, la première matinée d’été d’une jeune guerre.
❦ Poésies documentaires · Pierre Mac Orlan
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