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Chansons des Rues et des Bois
Victor Hugo
1865
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Chansons des Rues et des Bois

1865

Le cheval

Je l’avais saisi par la bride ;
Je tirais, les poings dans les nœuds,
Ayant dans les sourcils la ride
De cet effort vertigineux.

C’était le grand cheval de gloire,
Né de la mer comme Astarté,
A qui l’aurore donne à boire
Dans les urnes de la clarté ;

L’alérion aux bonds sublimes,
Qui se cabre, immense, indompté,
Plein du hennissement des cimes,
Dans la bleue immortalité.
. . . . . .

Orphée, au bois de Caystre

Orphée, au bois de Caystre,
Écoutait, quand l’astre luit,
Le rire obscur et sinistre
Des inconnus de la nuit.

Phtas, la sibylle thébaine,
Voyait près de Phygalé
Danser des formes d’ébène
Sur l’horizon étoilé.

Eschyle errait à la brune
En Sicile, et s’enivrait
Des flûtes du clair de lune
Qu’on entend dans la forêt.

. . . . . .
O feuillage, tu m’attires ;
Un Dieu t’habite ; et je crois
Que la danse des satyres
Tourne encore au fond des bois.
❦ Chansons des Rues et des Bois · Victor Hugo · 1865
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