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Le Chariot d’or
Albert Samain
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Le Chariot d’or

Tout dort

Tout dort. Le fleuve antique entre ses quais de pierre
Semble immobile. Au loin s’espacent des beffrois.
Et sur la cité, monstre aux écailles de toits,
Le silence descend, doux comme une paupière.

Les palais et les tours sur le ciel étoilé
Découpent des profils de rêve. Notre-Dame
Se reflète, géante, au miroir de mon Ame ;
Et la Sainte-Chapelle a lair de s’envoler!...

Tout dort dans les maisons ow regarde la lune ;
Et ceux-la qu’éreinta la vie et son travail
Jouissent, poings fermés, leur somme de bétail,
Ou galopent, furieux, la course à la Fortune.

Pour moi, je veille, l’ame éparse dans la nuit,
Je veille, coeur tendu vers des lèvres absentes,
Parmi la solitude aux brises caressantes ;
Et la lune a travers les arbres me conduit.

Paris est recueilli comme une basilique ;
A peine un roulement de fiacre, par moment,
Un chien perdu qui pleure, ou le long sifflement
D’une locomotive — au loin — mélancolique.

Le silence est profond, comme mystérieux :
La nuit porte l’amour endormi sous sa mante;
Et je n’entends plus rien dans la cité dormante
Que ton haleine frêle et douce, ô mon amante,

Qui fait trembler mon cœur large ouvert sous les cieux.

LE CHARIOT D’OR, Élégies, 1901.
❦ Le Chariot d’or · Albert Samain
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