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Les amours
Jean de Sponde
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Les amours

Je meurs, et les soucis qui sortent du martyre

Je meurs, et les soucis qui sortent du martyre
Que me donne l’absence, et les jours, et les nuicts
Font tant, qu’à tous momens je ne sçay que je suis
Si j’empire du tout ou bien si je respire.

Un chagrin survenant mille chagrins m’attire
En me cuidant aider moy-mesme je me nuis,
L’infini mouvement de mes roulants ennuis
M’emporte et je le sens, mais je ne le puis dire.

Je suis cet Acteon de ces chiens deschiré !
Et l’esclat de mon ame est si bien altéré
Qu’elle qui me devroit faire vivre me tuë :

Deux Deesses nous ont tramé tout nostre sort
Mais pour divers sujet nous trouvons mesme mort
Moy de ne la voir point, et lui de l’avoir veuë.

Les vents grondoyent en l’air, les plus sombres nuages

Les vents grondoyent en l’air, les plus sombres nuages
Nous desroboyent le jour pesle mesle entassez
Les abismes d’enfer estoyent au ciel poussez
La mer s’enfloit des monts, et le monde d’orages :

Quand je vy qu’un oyseau delaissant nos rivages
S’envole au beau milieu de ces flots courroucez,
Y pose de son nid les festus ramassez
Et rappaise soudain ses escumeuses rages.

L’amour m’en fit autant, et comme un Alcion
L’autre jour se logea dedans ma passion
Et combla de bon-heur mon ame infortunee.

Après le trouble, en fin, il me donna la paix
Mais le calme de mer n’est qu’une fois l’annee
Et celuy de mon ame y sera pour jamais.
❦ Les amours · Jean de Sponde
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