Douce et belle bouchelette
Douce et belle bouchelette
Plus fraische et plus vermeillette
Que le bouton aiglantin
Au matin,
Plus suave et mieux fleurante
Que l’immortel Amaranthe,
Et plus mignarde cent fois
Que n’est la douce rosee,
Dont la terre est arrosee
Goute à goute au plus doux mois.
Baise-moy ma douce amie,
Baise-moy ma chère vie,
Autant de fois que je voy
Dedans toy
De peurs, de rigueurs, d’audaces,
De cruautez, et de graces,
Et de sous-ris gracieux,
D’amoureaux, et de Cyprines
Dessus tes lèvres pourprines
Et de morts dedans tes yeux.
Autant que les mains cruelles
De ce dieu qui a des aelles
A fiché de traits ardans
Au dedans
De mon cœur : autant encore
Que dessus la rive More
Y a de sablons menus :
Autant que dans l’air se jouënt
D’oiseaux, et de poissons nouënt
Dedans les fleuves cornus.
Autant que de mignardises,
De prisons, et de franchises,
De petits mors, de doux ris,
Et doux cris,
Qui t’ont choisi pour hostesse :
Autant que pour toy, maistresse,
J’ay d’aigreur et de douceur,
De soupirs, d’ennuis, de craintes :
Autant que de justes plaintes
Je couve dedans mon cœur.
Baise-moy donc, ma sucree,
Mon désir, ma Cytheree,
Baise-moy, mignonnement,
Serrement,
Jusques à tant que je die :
Las, je n’en puis plus, ma vie,
Las, mon Dieu, je n’en puis plus !
Lors ta bouchelette retire,
Afin que mort je soupire,
Puis me donne le surplus.
Ainsi, ma douce guerriere,
Mon cœur, mon tout, ma lumière,
Vivons ensemble, vivons,
Et suivons
Les doux sentiers de Jeunesse :
Aussi bien une vieillesse
Nous menace sur le port,
Qui toute courbe et tremblante
Nous attraine chancellante
La maladie et la mort.
Plus fraische et plus vermeillette
Que le bouton aiglantin
Au matin,
Plus suave et mieux fleurante
Que l’immortel Amaranthe,
Et plus mignarde cent fois
Que n’est la douce rosee,
Dont la terre est arrosee
Goute à goute au plus doux mois.
Baise-moy ma douce amie,
Baise-moy ma chère vie,
Autant de fois que je voy
Dedans toy
De peurs, de rigueurs, d’audaces,
De cruautez, et de graces,
Et de sous-ris gracieux,
D’amoureaux, et de Cyprines
Dessus tes lèvres pourprines
Et de morts dedans tes yeux.
Autant que les mains cruelles
De ce dieu qui a des aelles
A fiché de traits ardans
Au dedans
De mon cœur : autant encore
Que dessus la rive More
Y a de sablons menus :
Autant que dans l’air se jouënt
D’oiseaux, et de poissons nouënt
Dedans les fleuves cornus.
Autant que de mignardises,
De prisons, et de franchises,
De petits mors, de doux ris,
Et doux cris,
Qui t’ont choisi pour hostesse :
Autant que pour toy, maistresse,
J’ay d’aigreur et de douceur,
De soupirs, d’ennuis, de craintes :
Autant que de justes plaintes
Je couve dedans mon cœur.
Baise-moy donc, ma sucree,
Mon désir, ma Cytheree,
Baise-moy, mignonnement,
Serrement,
Jusques à tant que je die :
Las, je n’en puis plus, ma vie,
Las, mon Dieu, je n’en puis plus !
Lors ta bouchelette retire,
Afin que mort je soupire,
Puis me donne le surplus.
Ainsi, ma douce guerriere,
Mon cœur, mon tout, ma lumière,
Vivons ensemble, vivons,
Et suivons
Les doux sentiers de Jeunesse :
Aussi bien une vieillesse
Nous menace sur le port,
Qui toute courbe et tremblante
Nous attraine chancellante
La maladie et la mort.