Le désir
Celuy n’est pas heureux qui n’a ce qu’il désire,
Mais bien-heureux celuy qui ne désire pas
Ce qu’il n’a point : l’un sert de gracieux appas
Pour le contentement, et l’autre est un martyre.
Désirer est tourment qui bruslant nous altere
Et met en passion : donc ne désirer rien
Hors de nostre pouvoir, vivre content du sien,
Ores qu’il fust petit, c’est fortune prospere.
Le Désir d’en avoir pousse la nef en proye
Du corsaire, des flots, des roches et des vents :
Le Désir importun aux petits d’estre grands,
Hors du commun sentier bien souvent les dévoye.
L'un poussé de l’honneur, par flatteuse industrie
Désire ambitieux sa fortune avancer :
L'autre se voyant pauvre, à fin d’en amasser
Trahist son Dieu, son Roy, son sang et sa patrie.
L'un pippé du Désir, seulement pour l’envie
Qu’il a de se gorger de quelque faux plaisir,
En fin ne gaigne rien qu’un fascheux desplaisir,
Perdant son heur, son temps, et bien souvent la vie.
L'un pour se faire grand et redorer l’image
A sa triste fortune, espoind de ceste ardeur,
Soupire après un vent qui le plonge en erreur,
Car le Désir n’est rien qu’un périlleux orage.
L’autre esclave d’Amour, désirant l’avantage
Qu’on espère en tirer, n’embrassant que le vent,
Loyer de ses travaux, est payé bien souvent
D’un refus, d’un dédain et d’un mauvais visage.
L’un plein d’ambition, désireux de parestre
Favorit de son Roy, recherchant son bon-heur,
Avançant sa fortune, avance son malheur,
Pour avoir trop sondé le secret de son maistre.
Désirer est un mal, qui vain nous ensorcelle ;
C’est heur que de jouïr, et non pas d’espérer :
Embrasser l’incertain, et tousjours désirer
Est une passion qui nous met en cervelle.
Bref le Désir n’est rien qu’ombre et que pur mensonge
Qui travaille nos sens d’un charme ambitieux,
Nous déguisant le faux pour le vray, qui nos yeux
Va trompant tout ainsi que l’image d’un songe.
Mais bien-heureux celuy qui ne désire pas
Ce qu’il n’a point : l’un sert de gracieux appas
Pour le contentement, et l’autre est un martyre.
Désirer est tourment qui bruslant nous altere
Et met en passion : donc ne désirer rien
Hors de nostre pouvoir, vivre content du sien,
Ores qu’il fust petit, c’est fortune prospere.
Le Désir d’en avoir pousse la nef en proye
Du corsaire, des flots, des roches et des vents :
Le Désir importun aux petits d’estre grands,
Hors du commun sentier bien souvent les dévoye.
L'un poussé de l’honneur, par flatteuse industrie
Désire ambitieux sa fortune avancer :
L'autre se voyant pauvre, à fin d’en amasser
Trahist son Dieu, son Roy, son sang et sa patrie.
L'un pippé du Désir, seulement pour l’envie
Qu’il a de se gorger de quelque faux plaisir,
En fin ne gaigne rien qu’un fascheux desplaisir,
Perdant son heur, son temps, et bien souvent la vie.
L'un pour se faire grand et redorer l’image
A sa triste fortune, espoind de ceste ardeur,
Soupire après un vent qui le plonge en erreur,
Car le Désir n’est rien qu’un périlleux orage.
L’autre esclave d’Amour, désirant l’avantage
Qu’on espère en tirer, n’embrassant que le vent,
Loyer de ses travaux, est payé bien souvent
D’un refus, d’un dédain et d’un mauvais visage.
L’un plein d’ambition, désireux de parestre
Favorit de son Roy, recherchant son bon-heur,
Avançant sa fortune, avance son malheur,
Pour avoir trop sondé le secret de son maistre.
Désirer est un mal, qui vain nous ensorcelle ;
C’est heur que de jouïr, et non pas d’espérer :
Embrasser l’incertain, et tousjours désirer
Est une passion qui nous met en cervelle.
Bref le Désir n’est rien qu’ombre et que pur mensonge
Qui travaille nos sens d’un charme ambitieux,
Nous déguisant le faux pour le vray, qui nos yeux
Va trompant tout ainsi que l’image d’un songe.