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Élégies et poésies diverses
Victoire Babois
1828
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Élégies et poésies diverses

1828

Agnès. Romance

D’où vient ce tourment plein de charmes,
Qui trouble mon cœur abattu ?
Je cherche, et je n’ai rien perdu ;
Mais pour qui donc coulent mes larmes ?
Douleur que j’aime est avec moi ;
Hélas ! dites-moi donc pourquoi.

Le murmure des eaux m’attire
Au bord des ruisseaux gémissants.
Je fuis les jeux, les feux brillants,
Pour Philomèle qui soupire :
Elle se plaint tout comme moi ;
Hélas ! dites-moi donc pourquoi.

Je crains l’éclatante harmonie
De nos belliqueuses chansons ;
J’aime et je retiens tous les sons
De la douce Mélancolie :
Elle soupire comme moi ;
Hélas ! dites-moi donc pourquoi.

Assise seule au pied d’un chêne,
Mon front s’incline sur ma main,
Puis je sens se gonfler mon sein ;
Mes nœuds, mon voile, tout me gêne :
En vain je demande pourquoi ;
Le savez-vous ? dites-le-moi.

Si j’aime une grotte bien sombre,
Si je cherche un obscur sentier,
Si je veux fuir le monde entier,
Ah ! voyez-vous, c’est que dans l’ombre
Ma douleur est mieux avec moi ;
Hélas ! dites-moi donc pourquoi.

Le soir, je me plais en silence
À contempler un ciel d’azur.
Ah ! comme lui mon cœur est pur ;
Mais quelle est donc cette souffrance,
Que j’aime et qui me fait languir ?
Dites-le-moi, dois-je en mourir ?

Mon sexe, dites-vous…

Mon sexe, dites-vous, déshérité des cieux,
Ne sait juger ni vers ni prose.
Un style clair et pur, obscur ou vicieux ;
Du bon ou du mauvais : c’est pour lui même chose.
Jamais de l’analyse il ne prit le compas,
Enfin de l’art d’écrire il ne se doute pas.
Hé bien, passe pour l’art d’écrire :
Mais il faut nous permettre au moins de savoir lire.
Si vous tenez rigueur, si vous n’accordez rien,
Nous lirons malgré vous, et nous lirons très bien.
On a vu, grâce à la sottise,
On voit et l’on verra pédants lourds et diffus
Écrire sans s’entendre et sans être entendus,
Et s’admirer surtout quoi que la raison dise.
Mais femme en l’art des mots est beaucoup moins apprise :
De la clarté du sens elle fait plus de cas,
Et n’admire jamais ce qu’elle n’entend pas.
Bien il est vrai pourtant que l’austère analyse
Ne procède pas à sa guise.
Elle s’en va décomposant,
Recomposant et détruisant,
Sur l’avenir, sur le présent,
La douce illusion que la nature a mise.
Cette méthode exacte a pour nous peu d’appas ;
Messieurs, ne vous en fâchez pas :
On peut être, je crois, sans vous faire une injure,
Du même avis que la nature.
Et puis, la vérité qui marche pas à pas,
Bientôt nous conduirait peut-être
À vouloir juger notre maître ;
Et quel serait votre embarras,
Si nous allions vous bien connaître !
En vous analysant sans nous laisser charmer,
Le résultat bien net d’une telle science
Ne nous offrirait pas, je pense,
Trop de raisons pour vous aimer.
❦ Élégies et poésies diverses · Victoire Babois · 1828
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