ACTE I. SCENE 3.— NINON, NINETTE.

NINON
Cette voix retentit encore à mon oreille.

NINETTE
Ce baiser singulier me fait encor frémir.

NINON
Nous verrons cette nuit ; il faudra que je veille.

NINETTE
Cette nuit, cette nuit, je ne veux pas dormir.

NINON
Toi dont la voix est douce, et douce la parole,
Chanteur mystérieux, reviendras-tu me voir ?
Ou, comme en soupirant l’hirondelle s’envole,
Mon bonheur fuira-t-il, n’ayant duré qu’un soir ?

NINETTE
Audacieux fantôme à la forme voilée,
Les ombrages ce soir seront-ils sans danger ?
Te reverrai-je encor dans cette sombre allée,
Ou disparaîtras-tu comme un chamois léger ?

NINON
L’eau, la terre et les vents, tout s’emplit d’harmonies.
Un jeune rossignol chante au fond de mon cœur.
J’entends sous les roseaux murmurer des génies…
Ai-je de nouveaux sens inconnus à ma sœur ?

NINETTE
Pourquoi ne puis-je voir sans plaisir et sans peine
Les baisers du zéphyr trembler sur la fontaine,
Et l’ombre des tilleuls passer sur mes bras nus ?
Ma sœur est une enfant, – et je ne le suis plus.
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