La rampe s’allume…

La rampe s’allume. Un clavier s’éclaire au bord des vagues. Les noctiluques font la chaîne. On entend bouillir et filtrer le lent bruissement des bêtes du sable…
Une barque chargée arrive dans l’ombre où les chapes vitrées des méduses montent obliquement et affleurent comme les premiers rêves de la nuit chaude…
De singuliers passants surgissent comme des vagues de fond, presque sur place, avec une douceur obscure. Des formes lentes s’arrachent du sol et déplacent de l’air, comme des plantes aux larges palmes. Les fantômes d’une heure de faiblesse défilent sur cette berge où viennent finir la musique et la pensée qui arrivent du fond des âges. Devant la villa, dans le jardin noir autrefois si clair, un pas bien connu réveille les roses mortes…
Un vieil espoir, qui ne veut pas cesser de se débattre à la lumière… Des souvenirs, tels qu’on n’eût pas osé les arracher à leurs retraites, nous hèlent d’une voix pénétrante… Ils font de grands signes. Ils crient, comme ces oiseaux doux et blancs aux grêles pieds d’or qui fuyaient l’écume un jour que nous passions sur la grève. Ils crient les longs remords. Ils crient la longue odeur saline et brûlée jusqu’à la courbe…
Le vent s’élève. La mer clame et flambe noir, et mêle ses routes. Le phare qui tourne à pleins poings son verre de sang dans les étoiles traverse un bras de mer pour toucher ma tête et la vitre. Et je souffre contre l’auberge isolée au bord d’un champ sombre…
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