Anne Hébert

Anne Hébert

1916–2000 · a vécu 83 ans CA CA

n. 1916-08-01, Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier · m. 2000-01-22, Montreal

Elle est assise au bord des saisons...

Elle est assise au bord des saisons
Et fait miroiter ses mains comme des rayons.

Elle est étrange
Et regarde ses mains que colorent les jours.

* Les jours sur ses mains
L’occupent et la captivent.

Elle ne les referme jamais
Et les tend toujours.

Les signes du monde
Sont gravés à même ses doigts.

Tant de chiffres profonds
L’accablent de bagues massives et travaillées.

D’elle pour nous
Nul lieu d’accueil et d’amour.

Sans cette offrande impitoyable
Des mains de douleurs parées
Ouvertes au soleil.
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Poèmes

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Elle est assise au bord des saisons...

Elle est assise au bord des saisons
Et fait miroiter ses mains comme des rayons.

Elle est étrange
Et regarde ses mains que colorent les jours.

* Les jours sur ses mains
L’occupent et la captivent.

Elle ne les referme jamais
Et les tend toujours.

Les signes du monde
Sont gravés à même ses doigts.

Tant de chiffres profonds
L’accablent de bagues massives et travaillées.

D’elle pour nous
Nul lieu d’accueil et d’amour.

Sans cette offrande impitoyable
Des mains de douleurs parées
Ouvertes au soleil.

En guise de fete

Le soleil luit
Le soleil luit
Le monde est complet

En quete d’une patrie

... Libre enfin
de produire de son intimité close
La succulence des fruits.

La sagesse m’à rompu les bras

La sagesse m’a rompu les bras, brisé les os
C’était une très vieille femme envieuse
Pleine d’onction, de fiel et d’eau verte

Elle m’a jeté ses douceurs 4a la face
Désirant effacer mes traits comme une image mouillée
Lissant ma colère comme une chevelure noyée

Et moi j’ai crié sous l’insulte fade
Et j’ai réclamé le fer et le feu de mon héritage.

Voulant y faire pousser son Ame bénie comme une vigne
Elle avait taillé sa place entre mes cétes.
Longtemps son parfum m’empoisonna des pieds a la tête

Mais l’orage mirissait sous mes aisselles,
Musc et feuilles bralées,
J’ai arraché la sagesse de ma poitrine,
Je l’ai mangée par les racines,
Trouvée amère et crachée comme un noyau pourri

En route, voici le jour, fièvre en plein cœur scellée
Des chants de cogs trouent la nuit comme des lueurs
Le soleil appareille à peine, déjà sir de son plein midi,
Tout feu, toutes flèches, tout désir au plus vif de la lumière,
Envers, endroit, amour et haine, toute la vie en un seul honneur.
Des chemins durs s’ouvrent À perte de vue sans ombrage
Et la ville blanche derrière nous lave son seuil ow coucha la nuit.

: POÈMES.

Le tombeau des rois

... Je regarde avec étonnement
A même les noirs ossements
Luire les pierres bleues incrustées.

Quelques tragédies patiemment travaillées,
Sur la poitrine des rois, couchées,
En guise de bijoux
Me sont offertes
Sans larmes ni regrets.

Sur une seule ligne rangés :
La fumée d’encens, le gâteau de riz séché
Et ma chair qui tremble :
Offrande rituelle et soumise.

Le masque d’or sur ma face absente
Des fleurs violettes en guise de prunelles,
L’ombre de l’amour me maquille a petits traits précis ;
Et cet oiseau que j’ai respiré
Et se plaint étrangement.

Un bruit de soie

Un bruit de soie plus lisse que le vent
Passage de la lumière sur un paysage d’eau.

L’éclat de midi efface ta forme devant moi
Tu tremblés et luis comme un miroir

Tu m’offres le soleil à boire
A même ton visage absent.
Trop de lumière empêche de voir ;

Aveugle je reconnais sous mon ongle
la pure colonne de ton cœur dressé
Sa douceur que j’invente pour dormir
Je Pimagine si juste que je défaille.

Une petite morte

Une petite morte
s’est couchée en travers de la porte.
Nous l’avons trouvée au matin, abattue
sur notre seuil
Comme un arbre de fougère plein de gel.

Nous n’osons plus sortir depuis qu’elle est la
C’est une enfant blanche dans ses jupes mousseuses
D’ou rayonne une étrange nuit laiteuse.

Nous nous efforcons de vivre a l’intérieur
Sans faire de bruit
Balayer la chambre
Et ranger l’ennui
Laisser les gestes se balancer tout seuls
Au bout d’un fil invisible
A même nos veines ouvertes.

Nous menons une vie si minuscule et tranquille
Que pas un de nos mouvements lents
Ne dépasse l’envers de ce miroir limpide
Ou cette scour que nous avons
Se baigne bleue sous la lune
Tandis que croit son odeur capiteuse.

POEMES.

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