Boris Vian

Boris Vian

1920–1959 · a vécu 39 ans FR FR

n. 1920-03-10, Ville-d'Avray · m. 1959-06-23, 7.º arrondissement de Paris

Je mourrai d’un cancer de la colonne vertébrale…

Je mourrai d’un cancer de la colonne vertébrale
Ça sera par un soir horrible
Clair, chaud, parfumé, sensuel
Je mourrai d’un pourrissement
De certaines cellules peu connues
Je mourrai d’une jambe arrachée
Par un rat géant jailli d’un trou géant
Je mourrai de cent coupures
Le ciel sera tombé sur moi
Ça se brise comme une vitre lourde
Je mourrai d’un éclat de voix
Crevant mes oreilles
Je mourrai de blessures sourdes
Infligées à deux heures du matin
Par des tueurs indécis et chauves
Je mourrai sans m’apercevoir
Que je meurs, je mourrai
Enseveli sous les ruines sèches
De mille mètres de coton écroulé
Je mourrai noyé dans l’huile de vidange
Foulé aux pieds par des bêtes indifférentes
Et, juste après, par des bêtes indifférentes
Je mourrai nu, ou vêtu de toile rouge
Ou cousu dans un sac avec des lames de rasoir
Je mourrai peut-être sans m’en faire
Du vernis à ongles aux doigts de pied
Et des larmes plein les mains
Et des larmes plein les mains
Je mourrai quand on décollera
Mes paupières sous un soleil enragé
Quand on me dira lentement
Des méchancetés à l’oreille
Je mourrai de voir torturer des enfants
Et des hommes étonnés et blêmes
Je mourrai rongé vivant
Par des vers, je mourrai les
Mains attachées sous une cascade
Je mourrai brûlé dans un incendie triste
Je mourrai un peu, beaucoup,
Sans passion, mais avec intérêt
Et puis quand tout sera fini
Je mourrai.
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Poèmes

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Je mourrai d’un cancer de la colonne vertébrale…

Je mourrai d’un cancer de la colonne vertébrale
Ça sera par un soir horrible
Clair, chaud, parfumé, sensuel
Je mourrai d’un pourrissement
De certaines cellules peu connues
Je mourrai d’une jambe arrachée
Par un rat géant jailli d’un trou géant
Je mourrai de cent coupures
Le ciel sera tombé sur moi
Ça se brise comme une vitre lourde
Je mourrai d’un éclat de voix
Crevant mes oreilles
Je mourrai de blessures sourdes
Infligées à deux heures du matin
Par des tueurs indécis et chauves
Je mourrai sans m’apercevoir
Que je meurs, je mourrai
Enseveli sous les ruines sèches
De mille mètres de coton écroulé
Je mourrai noyé dans l’huile de vidange
Foulé aux pieds par des bêtes indifférentes
Et, juste après, par des bêtes indifférentes
Je mourrai nu, ou vêtu de toile rouge
Ou cousu dans un sac avec des lames de rasoir
Je mourrai peut-être sans m’en faire
Du vernis à ongles aux doigts de pied
Et des larmes plein les mains
Et des larmes plein les mains
Je mourrai quand on décollera
Mes paupières sous un soleil enragé
Quand on me dira lentement
Des méchancetés à l’oreille
Je mourrai de voir torturer des enfants
Et des hommes étonnés et blêmes
Je mourrai rongé vivant
Par des vers, je mourrai les
Mains attachées sous une cascade
Je mourrai brûlé dans un incendie triste
Je mourrai un peu, beaucoup,
Sans passion, mais avec intérêt
Et puis quand tout sera fini
Je mourrai.

Quand j’en aurai assez d’entendre

Quand j’en aurai assez d’entendre
Les enfants pleurer dans le noir
Quand j’en aurai assez de voir
Les villes crouler sous les cendres
Quand j’en aurai assez des larmes
Des cris, du sang et du vacarme
Quand j’en aurai assez du monde
À moi la lune blonde

Terre-lune, terre-lune
Ce soir j’ai mis mes ailes d’or
Dans le ciel comme un météore
Je pars
Terre-lune, terre-lune
J’ai quitté ma vieille atmosphère
J’ai laissé les morts et les guerres
Au revoir

Dans le ciel piqué de planètes
Tout seul sur une lune vide
Je rirai du monde stupide
Et des hommes qui font les bêtes

Terre-lune, terre-lune
Adieu ma ville adieu mon cœur
Globe tout perclus de douleurs
Bonsoir !

Vive la nuit, j’ai levé l’ancre
À moi les pluies d’astéroïdes
Et les comètes à l’œil livide
Diamants éparpillés dans l’encre
À moi les étoiles de miel
Fleurs de topaze et de rubis
À moi le silence éternel
De l’espace infini

Terre-lune, terre-lune
Voyez se lever le croissant
Lune terrestre au firmament
Bonjour
Terre-lune, terre-lune
Voilà l’Afrique et l’Amérique
Et la raie sombre des tropiques
Autour

Un jour viendra dans ma retraite
Où je verrai, le nez levé
Exploser la triste planète
Qui se prétend civilisée

Terre-lune, terre-lune
Monde pourri, monde trop vieux
Pierrot là-haut te dit ce soir
Adieu

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