Aux ruines de la grèce païenne
. . . . . .
Eurotas, Eurotas, que font ces lauriers-roses
Sur ton rivage en deuil, par la mort habité ?
Est-ce pour faire ombrage à ta captivité,
Que ces nobles fleurs sont écloses ?
Non, ta gloire n’est plus ; non, d’un peuple puissant
Tu ne reverras plus la jeunesse héroïque
Laver parmi tes lis ses bras couverts de sang,
Et dans ton cristal pur, sous ses pas jaillissant,
Secouer la poudre olympique
. . . . . .
Les limbes
Comme un vain rêve du matin,
Un parfum vague, un bruit lointain,
C’est je ne sais quoi d’incertain
Que cet empire ;
Lieux qu’à peine vient éclairer
Un jour qui, sans rien colorer,
A chaque instant près d’expirer,
Jamais n’expire.
Partout cette demi-clarté
Dont la morne tranquillité
Suit un crépuscule d’été,
Ou de l’aurore
Fait pressentir que le retour
Va poindre au céleste séjour,
Quand la nuit n’est plus, quand le jour
N’est pas encore !
Ce ciel terne, où manque un soleil,
N’est jamais bleu, jamais vermeil ;
Jamais brise, dans ce sommeil
De la nature,
N’agita d’un frémissement
La torpeur de ce lac dormant,
Dont l’eau n’a point de mouvement,
Point de murmure.
L’air n’entr’ouvre sous sa tiédeur
Que fleurs qui, presque sans odeur,
Comme les lis ont la candeur
De l’innocence ;
Sur leur sein pâle et sans reflets
Languissent des oiseaux muets :
Dans le ciel, l’onde et les forêts,
Tout est silence.
Loin de Dieu, là, sont renfermés
Les milliers d’êtres tant aimés,
Qu’en ces bosquets inanimés
La tombe envoie.
Le calme d’un vague loisir,
Sans regret comme sans désir,
Sans peine comme sans plaisir,
C’est là leur joie.
Là, ni veille ni lendemain :
Ils n’ont sur un bonheur prochain.
Sur celui qu’on rappelle en vain,
Rien à se dire.
Leurs sanglots ne troublent jamais
De l’air l’inaltérable paix ;
Mais aussi leur rire jamais
N’est qu’un sourire.
Sur leurs doux traits que de pâleur !
Adieu cette fraîche couleur
Qui de baiser leur joue en fleur
Donnait l’envie !
De leurs yeux qui charment d’abord,
Mais dont aucun éclair ne sort,
Le morne éclat n’est pas la mort,
N’est pas la vie.
Rien de bruyant, rien d’agité
Dans leur triste félicité !
Ils se couronnent sans gaîté
De fleurs nouvelles
Ils se parlent, mais c’est tout bas ;
Ils marchent, mais c’est pas à pas ;
Ils volent, mais on n’entend pas
Battre leurs ailes.