Cécile Sauvage

Cécile Sauvage

1883–1927 · a vécu 44 ans FR FR

n. 1883-07-20, La Roche-sur-Yon · m. 1927-08-26

Destin (fragment)

Quand j’aurai bien souffert de mon âme muette
Qui contenait le rythme et les rayons humains,
Sans l’avoir jamais vue, en des planches secrètes,
Des hommes la cloueront, ironique destin !

Car ce que j’ai chanté n’est encor que silence,
Et mon cœur et mes yeux, mon élan contenu,
À travers la torpeur de la matière immense,
Sombreront sans un mot, à jamais inconnus.

Quand le fier mouvement sera le froid rigide,
Quand les beaux yeux pleins d’univers seront creusés,
Quand la danse des pieds, quand le baiser humide
Seront le sec, l’immobile, le décharné,

C’est cela, c’est cela, ô ma pure lumière,
Lumière interne, ô ma musique des confins,
Quand il faudra que, citadin au cimetière,
Ton pauvre cœur pourrisse avec tes jeunes mains !

Quand le plaisir a fui de la bouche muette,
Le sourire ignoré ne vit que sur le front,
Lumière de l’esprit et de l’âme secrète,
Appel mystérieux de l’aurore aux rayons…
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Poèmes

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Destin (fragment)

Quand j’aurai bien souffert de mon âme muette
Qui contenait le rythme et les rayons humains,
Sans l’avoir jamais vue, en des planches secrètes,
Des hommes la cloueront, ironique destin !

Car ce que j’ai chanté n’est encor que silence,
Et mon cœur et mes yeux, mon élan contenu,
À travers la torpeur de la matière immense,
Sombreront sans un mot, à jamais inconnus.

Quand le fier mouvement sera le froid rigide,
Quand les beaux yeux pleins d’univers seront creusés,
Quand la danse des pieds, quand le baiser humide
Seront le sec, l’immobile, le décharné,

C’est cela, c’est cela, ô ma pure lumière,
Lumière interne, ô ma musique des confins,
Quand il faudra que, citadin au cimetière,
Ton pauvre cœur pourrisse avec tes jeunes mains !

Quand le plaisir a fui de la bouche muette,
Le sourire ignoré ne vit que sur le front,
Lumière de l’esprit et de l’âme secrète,
Appel mystérieux de l’aurore aux rayons…

Je t’ai écrit au clair de lune…

Je t’ai écrit au clair de lune
Sur la petite table ovale,
D’une écriture toute pâle,
Mots tremblés, à peine irisés
Et qui dessinent des baisers.
Car je veux pour toi des baisers
Muets comme l’ombre et légers
Et qu’il y ait le clair de lune
Et le bruit des branches penchées
Sur cette page détachée.

Mélancolie

Je suis née au milieu du jour,
La chair tremblante et l’âme pure,
Mais ni l’homme ni la nature
N’ont entendu mon chant d’amour.

Depuis, je marche solitaire,
Pareille à ce ruisseau qui fuit
Rêveusement dans les fougères
Et mon cœur s’éloigne sans bruit.

[…]

Mélancolie, ô ma colombe
À l’œil tendre, à la plume grise,
Toi qui me suis quand le jour tombe
Vers l’étang que la lune irise ;
Toi qui becquètes mon bras frêle
Comme une sœur encor mutine
Et dont le baiser me rappelle
L’ongle pointu d’une main fine.

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