Chrétien de Troyes

Chrétien de Troyes

n. , Troyes · m. , Flandres

Yvain ou le Chevalier au lion

… La fontaine verras qui bout,
Quoique plus froide que le marbre.
Ombre lui fait le plus bel arbre
Que jamais sut faire Nature.
En tout temps la feuille lui dure,
Il ne la perd soir ni matin,
Et y pend un bassin d’or fin
Au bout d’une si longue chaîne
Qu’elle va jusqu’à la fontaine.
Près la fontaine trouveras
Un perron, tel que tu verras
(Je ne puis pas te dire quel
Car jamais je n’en vis de tel),
Et d’autre part une chapelle,
Petite, mais elle est très belle.
Si au bassin tu veux l’eau prendre
Et dessus le perron répandre,
Là tu verras quelle tempête,
Qu’en ce bois ne restera bête,
Chevreuil ni daim, ni cerf ni porc.
Les oiseaux en voleront hors,
Car tu verras tant foudroyer,
Venter et arbres dépecer,
Pleuvoir, tonner et éclairer,
Que si tu te peux en aller,
Sans grand ennui et sans souffrance,
Tu auras eu meilleure chance
Que chevalier qui onque y fut…
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Poèmes

1

Yvain ou le Chevalier au lion

… La fontaine verras qui bout,
Quoique plus froide que le marbre.
Ombre lui fait le plus bel arbre
Que jamais sut faire Nature.
En tout temps la feuille lui dure,
Il ne la perd soir ni matin,
Et y pend un bassin d’or fin
Au bout d’une si longue chaîne
Qu’elle va jusqu’à la fontaine.
Près la fontaine trouveras
Un perron, tel que tu verras
(Je ne puis pas te dire quel
Car jamais je n’en vis de tel),
Et d’autre part une chapelle,
Petite, mais elle est très belle.
Si au bassin tu veux l’eau prendre
Et dessus le perron répandre,
Là tu verras quelle tempête,
Qu’en ce bois ne restera bête,
Chevreuil ni daim, ni cerf ni porc.
Les oiseaux en voleront hors,
Car tu verras tant foudroyer,
Venter et arbres dépecer,
Pleuvoir, tonner et éclairer,
Que si tu te peux en aller,
Sans grand ennui et sans souffrance,
Tu auras eu meilleure chance
Que chevalier qui onque y fut…

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