Estienne Durand

Estienne Durand

1585–1618 · a vécu 33 ans FR FR

n. 1585 · m. 1618-07-19

Le feu devers le Ciel…

Le feu devers le Ciel s’élève incessamment,
Les eaux courent au sein de la mer poissonière,
Et sans fin dessus nous la Lune avec son frère
Reversent l’eau qu’ils ont tirée subtilement.

Les arbres qui de terre ont leur accroissement
Par le temps ou par feu retournent en poussière :
Et même ce grand Tout fait d’un rien seulement
Ne sera plus qu’un rien en son heure dernière.

Enfin tout ici-bas retourne d’où il vient,
Et par ce seul retour le monde s’entretient :
C’est donc avec raison, ma cruelle Uranie,

Tes yeux ayant causé mes ardeurs peu à peu,
Que mes vers provenus des ardeurs de mon feu
Retournent à tes yeux, dont ils ont pris la vie.
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Poèmes

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Le feu devers le Ciel…

Le feu devers le Ciel s’élève incessamment,
Les eaux courent au sein de la mer poissonière,
Et sans fin dessus nous la Lune avec son frère
Reversent l’eau qu’ils ont tirée subtilement.

Les arbres qui de terre ont leur accroissement
Par le temps ou par feu retournent en poussière :
Et même ce grand Tout fait d’un rien seulement
Ne sera plus qu’un rien en son heure dernière.

Enfin tout ici-bas retourne d’où il vient,
Et par ce seul retour le monde s’entretient :
C’est donc avec raison, ma cruelle Uranie,

Tes yeux ayant causé mes ardeurs peu à peu,
Que mes vers provenus des ardeurs de mon feu
Retournent à tes yeux, dont ils ont pris la vie.

Pourquoi pour mon malheur…

Pourquoi pour mon malheur eus-je l’œil si léger ?
Pourquoi le sens si prompt, et l’esprit si fragile ?
Que de voir, que d’aimer, et que de m’engager
À servir un bel œil d’un labeur inutile ?

Pour avoir vu je meurs, mais d’une mort subtile
Qui renaît d’elle-même, et ne fait que changer ;
Pour aimer je me vois tous les jours outrager,
Et servant je languis en ma prison servile.

L’œil, le sens et l’esprit, trop prompt, trop clair, trop vif,
M’a trompé, m’a séduit, m’a fait être captif
D’un attrait, d’un propos, d’un amoureux cordage.

Pour avoir vu, aimé et servi son bel œil,
L’ardeur, l’amour, les fers me mènent au cercueil :
Dieux ! faites pour le moins que la mort me soulage.

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