Étienne de La Boétie

Étienne de La Boétie

1530–1563 · a vécu 32 ans FR FR

n. 1530-11-01, Sarlat-la-Canéda · m. 1563-08-18, Le Taillan-Médoc

Helas combien de jours, helas combien de nuicts

Helas combien de jours, helas combien de nuicts
J’ay vescu loing du lieu, où mon cueur fait demeure!
C’est le vingtiesme jour que sans jour je demeure,
Mais en vingt jours j’’ay eu tout un siecle d’ennuis.

Je n’en veux mal qu’à moy, malheureux que je suis,
Si je souspire en vain, si maintenant j’en pleure,
C’est que, mal-advisé, je laissay en mal’heure
Celle la que laisser nulle part je ne puis.

Jay honte que desja ma peau decoulouree
Se voit par mes ennuis de rides labouree :
J’ay honte que desja les douleurs inhumaines

Me blanchissent le poil sans le congé du temps :
Encor moindre je suis au compte de mes ans,
Et desja je suis vieux au compte de mes peines.
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Poèmes

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Helas combien de jours, helas combien de nuicts

Helas combien de jours, helas combien de nuicts
J’ay vescu loing du lieu, où mon cueur fait demeure!
C’est le vingtiesme jour que sans jour je demeure,
Mais en vingt jours j’’ay eu tout un siecle d’ennuis.

Je n’en veux mal qu’à moy, malheureux que je suis,
Si je souspire en vain, si maintenant j’en pleure,
C’est que, mal-advisé, je laissay en mal’heure
Celle la que laisser nulle part je ne puis.

Jay honte que desja ma peau decoulouree
Se voit par mes ennuis de rides labouree :
J’ay honte que desja les douleurs inhumaines

Me blanchissent le poil sans le congé du temps :
Encor moindre je suis au compte de mes ans,
Et desja je suis vieux au compte de mes peines.

Reproche moy maintenant, je le veux

Reproche moy maintenant, je le veux,
Si oncq de toy j’ay eu faveur aucune,
Traistre, legere, inconstante fortune,
Reproche moi hardiment, si tu peux.

Depuis le jour qu’en mal’heure mes yeux
Voyent du ciel la lumiere importune,
Je suis le but, la descharge commune
De tous les coups de ton bras furieux.

Bien tost j’auray, desja l’heure s’avance,
J’auray de toy par mort quelque vengence,
Lors que de moy l’ame sera partie.

A toy vrayement le camp demeurera,
Mais, j’en suis seur, ma mort te faschera,
De te laisser, cruelle, sans partie.

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