François de Neufchâteau

François de Neufchâteau

1750–1828 · a vécu 77 ans FR FR

n. 1750-04-17, Saffais · m. 1828-01-10, Paris

Arrête, sot Lecteur, dont la triste manie

Arrête, sot Lecteur, dont la triste manie
Détruit de nos accords la savante harmonie,
Arrête, par pitié. Quel funeste travers,
En dépit d’Apollon, te fait lire des vers ?
Ah ! si ta voix ingrate ou languit, ou détonne,
Ou traîne avec lenteur son fausset monotone ;
Si, des feux du Génie en nos vers allumés,
N’étincellent jamais tes yeux inanimés ;
Si ta Lecture enfin, dolente psalmodie,
Ne dit rien, ne peint rien à mon âme engourdie,
Cesse, ou laisse-moi fuir. Ton regard abattu,
Du regard de Méduse a l’affreuse vertu.
L’auditeur qu’ont glacé tes sons et ta présence,
Croit subir le supplice inventé par Mézence :
Tu l’attaches vivant au cadavre d’un mort.
Attentif à ta voix, Phébus même s’endort ;
Sa défaillante main laisse tomber sa Lyre.
C’est peu d’aimer les vers. Il faut les savoir lire ;
II faut avoir appris cet art mélodieux
De parler dignement le langage des Dieux ;
Cet art, qui, par les tons des phrases cadencées,
Donne de l’harmonie et du nombre aux pensées ;
Cet art de déclamer, dont le charme vainqueur
Assujettit l’oreille et subjugue le cœur.
[…]
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Poèmes

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Arrête, sot Lecteur, dont la triste manie

Arrête, sot Lecteur, dont la triste manie
Détruit de nos accords la savante harmonie,
Arrête, par pitié. Quel funeste travers,
En dépit d’Apollon, te fait lire des vers ?
Ah ! si ta voix ingrate ou languit, ou détonne,
Ou traîne avec lenteur son fausset monotone ;
Si, des feux du Génie en nos vers allumés,
N’étincellent jamais tes yeux inanimés ;
Si ta Lecture enfin, dolente psalmodie,
Ne dit rien, ne peint rien à mon âme engourdie,
Cesse, ou laisse-moi fuir. Ton regard abattu,
Du regard de Méduse a l’affreuse vertu.
L’auditeur qu’ont glacé tes sons et ta présence,
Croit subir le supplice inventé par Mézence :
Tu l’attaches vivant au cadavre d’un mort.
Attentif à ta voix, Phébus même s’endort ;
Sa défaillante main laisse tomber sa Lyre.
C’est peu d’aimer les vers. Il faut les savoir lire ;
II faut avoir appris cet art mélodieux
De parler dignement le langage des Dieux ;
Cet art, qui, par les tons des phrases cadencées,
Donne de l’harmonie et du nombre aux pensées ;
Cet art de déclamer, dont le charme vainqueur
Assujettit l’oreille et subjugue le cœur.
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