Jacques Peletier du Mans

Jacques Peletier du Mans

1517–1583 · a vécu 66 ans FR FR

n. 1517-07-25, Le Mans · m. 1583-09-28, Paris

A ceux qui blament les mathématiques

Tant plus je vois que vous blâmez
Sa noble discipline
Plus à l’aimer vous enflammez
Ma volonté incline.

Car ce qui a moins de suivants,
D’autant plus il est rare,
Et est la chose entre vivants
Dont on est plus avare.

Il n’est pas en votre puissance
Qu’y soyez adonnés ;
Car le ciel dès votre naissance
Vous en a détournés ;

Ou ayant persuasion
Que tant la peine en coûte,
Est la meilleure occasion
Qui tant vous en dégoûte.

Le ciel orné de tels flambeaux
N’est-il point admirable ?
La notice de corps si beaux
N’est-elle désirable ?

Du céleste ouvrage l’objet,
Si vrai et régulier,
N’est-il sur tout autre sujet
Beau, noble et singulier ?

N’est-ce rien d’avoir pu prévoir
Par les cours ordinaires,
L’éclipse que doit recevoir
L’un des deux Luminaires ?

D’avoir su, par vraies pratiques,
Les aspects calculer ?
Et connaître les Erratiques
Marcher ou reculer ?

Toutefois il n’est jà besoin
Que tant fort je la loue,
Vu que je n’ai vouloir ni soin
Que de ce l’on m’avoue ;

Car que chaut-il à qui l’honore
Qu’elle soit contemnée ?
Science, de cil qui l’ignore,
Est toujours condamnée.

Assez regarde l’indocte homme
Du ciel rond la ceinture,
Mais il s’y connaît ainsi comme
L’aveugle en la peinture.

Celui qui a l’âme ravie
Par les cieux va et passe,
Et soudain voit durant sa vie
D’en haut la terre basse.

Cette science l’homme cueille
Alors qu’il imaginé
La facture et grande merveille
De la ronde machine.

C’est celle par qui mieux s’apprenne
L’immense Déité,
Et qui des athées reprenne
Erreur et vanité.
Lire le poème complet

Poèmes

2

A ceux qui blament les mathématiques

Tant plus je vois que vous blâmez
Sa noble discipline
Plus à l’aimer vous enflammez
Ma volonté incline.

Car ce qui a moins de suivants,
D’autant plus il est rare,
Et est la chose entre vivants
Dont on est plus avare.

Il n’est pas en votre puissance
Qu’y soyez adonnés ;
Car le ciel dès votre naissance
Vous en a détournés ;

Ou ayant persuasion
Que tant la peine en coûte,
Est la meilleure occasion
Qui tant vous en dégoûte.

Le ciel orné de tels flambeaux
N’est-il point admirable ?
La notice de corps si beaux
N’est-elle désirable ?

Du céleste ouvrage l’objet,
Si vrai et régulier,
N’est-il sur tout autre sujet
Beau, noble et singulier ?

N’est-ce rien d’avoir pu prévoir
Par les cours ordinaires,
L’éclipse que doit recevoir
L’un des deux Luminaires ?

D’avoir su, par vraies pratiques,
Les aspects calculer ?
Et connaître les Erratiques
Marcher ou reculer ?

Toutefois il n’est jà besoin
Que tant fort je la loue,
Vu que je n’ai vouloir ni soin
Que de ce l’on m’avoue ;

Car que chaut-il à qui l’honore
Qu’elle soit contemnée ?
Science, de cil qui l’ignore,
Est toujours condamnée.

Assez regarde l’indocte homme
Du ciel rond la ceinture,
Mais il s’y connaît ainsi comme
L’aveugle en la peinture.

Celui qui a l’âme ravie
Par les cieux va et passe,
Et soudain voit durant sa vie
D’en haut la terre basse.

Cette science l’homme cueille
Alors qu’il imaginé
La facture et grande merveille
De la ronde machine.

C’est celle par qui mieux s’apprenne
L’immense Déité,
Et qui des athées reprenne
Erreur et vanité.

L’alouette

Alors que la merveille aurore
Le bord de notre ciel colore
L’alouette, en ce même point,
De sa gentille voix honore
La faible lumière qui point.

Tant plus ce blanc matin éclaire
Plus d’elle la voix se fait claire ;
Et semble bien, qu’en s’efforçant,
D’un bruit vif elle veuille plaire
Au soleil qui se vient haussant.

Elle guindée de zéphire,
Sublime, en l’air vire et revire
Et déclique un joli cri
Qui rit, guérit et tire l’ire
Des esprits, mieux que je n’écris.

Soit que Junon son air essuie,
Ou bien qu’el’ se charge de pluie,
En haut pourtant elle se tient.
Et de gringoter ne s’ennuie,
Fors quand le neigeux hiver vient.

Même n’a point la gorge close
Pour avoir sa nichée éclose ;
Et en ses chants si fort se plaît
Que vous diriez que d’autre chose
Ses alouetteaux elle ne paît.

En plein midi, parmi le vide
Fait défaillir l’œil qui la guide,
Puis tantôt comme un peloton,
Subit en terre se dévide,
Et pour un temps plus ne l’oit-on.

Commentaires (0)

Partager
Se connecter pour publier un commentaire.

Pas encore de commentaires. Soyez le premier à commenter.