Jean-Antoine de Baïf

Jean-Antoine de Baïf

1532–1589 · a vécu 57 ans FR FR

n. 1532-02-19, Veneza · m. 1589-09-19, Paris

Ô doux plaisir plein de doux pensement

Ô doux plaisir plein de doux pensement,
Quand la douceur de la douce meslee,
Etreint et joint, l’âme en l’âme meslee,
Le corps au corps accouplé doucement.
Ô douce vie! 6 doux trepassement !
Mon âme alors de grand’ joye troublée,
De moy dans toy cherche d’aller emblée,
Puis haut, puis bas, quiert son ravissement.

Quand nous ardants, Meline, d’amour forte,
Moy d’estre en toy, toy d’en toy tout me prendre,
Par cela mien, qui dans toy entre plus,

Tu la reçois, me laissant masse morte :
Puis vient ta bouche en ma bouche la rendre,
Me ranîmant tous mes membres perclus.
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Poèmes

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Ô doux plaisir plein de doux pensement

Ô doux plaisir plein de doux pensement,
Quand la douceur de la douce meslee,
Etreint et joint, l’âme en l’âme meslee,
Le corps au corps accouplé doucement.
Ô douce vie! 6 doux trepassement !
Mon âme alors de grand’ joye troublée,
De moy dans toy cherche d’aller emblée,
Puis haut, puis bas, quiert son ravissement.

Quand nous ardants, Meline, d’amour forte,
Moy d’estre en toy, toy d’en toy tout me prendre,
Par cela mien, qui dans toy entre plus,

Tu la reçois, me laissant masse morte :
Puis vient ta bouche en ma bouche la rendre,
Me ranîmant tous mes membres perclus.

Sonnet

A fin que pour jamais une marque demeure,
A l’age qui viendra, comme vostre je suis,
Je vous fay vœu du peu, mais du tout que je puis,
De peur que la memoire avec nous ne s’en meure.

Je vous donne de moy la part qui est meilleure :
C’est l’esprit et la voix, qui, menez et conduis
Sous le flambeau d’Amour, des eternelles nuits
Sauveront vostre nom paravant que je meure.

Et, si assez à temps je n’ay pas commencé
De m’employer pour vous, puis que la destinée,
Qui vous cachoit à moy, m’en a desavancé :

Je feray, comme fait le devôt Pelerin,
Qui s’estant levé tard, pour faire sa journée,
Regagne à se haster le temps et le chemin.

Tout s’échauffe d’amour : et la terre amoureuse

Tout s’échauffe d’amour : et la terre amoureuse
Pour plaire au beau Soleil prend sa robe odoureuse
De fleurons damassee : aux vignes le bourgeon
Defourre le grapeau de son tendre coton :
Et l’herbe par les chams reverdit arosee
En ses brins vigoureux de la douce rosee :
De la manne du ciel le doux sucre dessant
Dessus les arbres verds, les fueilles blanchissant.
Puis quand dedans le Cancre il aura faict entree
Pour passer au Lyon et dans la Vierge Astree,
La Cigale enrouee assise par les bois
Choquant ses ailerons crie d’une aigre voix :
La verdure jaunist, et Ceres espiee
Trebuchera bien tost par javelle ciee
Sous l’outeron hasté, pour emplir le grenier,
De ses presens dorez au joyeux mestayer.
Lors le gay pastoureau dessous un frais ombrage
Retire son bestail, contre l’ardente rage
Du fievreux Syrien, près le bruyant ruisseau
Qui de la vive source amene sa claire eau,
Là, remplissant de vent sa douce chalemie,
Va joüer sa chanson de l’amour de s’amie,
Autant pour adoucir l’ennuyeuse chaleur
Come pour rafreschir la flamme de son cœur.

Vers baīfins

Muse Royne d’Elicon fille de Memoire, ô Deesse
O des Poëtes l’appuy favorise ma hardiesse.
Je veu donner aux François un vers de plus libre accordance.
Pour le joindre au lut sonné d’une moins contrainte cadance :
Fay qu’il oigne doucement des oyans les pleines oreilles,
Dedans dégoûtant flateur un miel doucereux à merveilles :
Je veu d’un nouveau sentier m’ouvrir l’honorable passage
Pour aller sur vostre mont m’ombroyer sous vostre bocage,
Et ma soif desalterer en vostre fonteine divine
Qui sourdit du mont cavé dessous la corne Pegasine…
. . . . . .

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