Jean-Baptiste Chassignet

Jean-Baptiste Chassignet

1571–1635 · a vécu 64 ans FR FR

n. 1571, Besançon · m. 1635, Gray

Comme petits enfans…

Comme petis enfans d’une larve outrageuse,
D’un fantosme, ou d’un masque, ainsi nous avons peur,
Et redoutons la mort, la concevant au ceur
Telle comme on la fait, have, triste, et affreuse :

Comme il plait à la main ou loyale, ou trompeuse
Du graveur, du tailleur, ou du peintre flatteur
La nous représenter sur un tableau menteur,
Nous l’imaginons telle, agreable, ou hideuse :

Ces apprehensions torturant nos cerveaus
Nous chassent devant elle, ainsi comme bouveaus
Courent devant le loup, et n’avons pas l’espace

De la bien remarquer : ostons le masque feint,
Lors nous la treuverons autre qu’on ne la peint,
Gracieuse à toucher, et plaisante de face.
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Poèmes

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Comme petits enfans…

Comme petis enfans d’une larve outrageuse,
D’un fantosme, ou d’un masque, ainsi nous avons peur,
Et redoutons la mort, la concevant au ceur
Telle comme on la fait, have, triste, et affreuse :

Comme il plait à la main ou loyale, ou trompeuse
Du graveur, du tailleur, ou du peintre flatteur
La nous représenter sur un tableau menteur,
Nous l’imaginons telle, agreable, ou hideuse :

Ces apprehensions torturant nos cerveaus
Nous chassent devant elle, ainsi comme bouveaus
Courent devant le loup, et n’avons pas l’espace

De la bien remarquer : ostons le masque feint,
Lors nous la treuverons autre qu’on ne la peint,
Gracieuse à toucher, et plaisante de face.

Mortel pense quel est dessous la couverture

Mortel pense quel est dessous la couverture
D’un charnier mortuaire un cors mangé de vers,
Descharné, desnervé, où les os descouverts,
Depoulpez, desnouez, delaissent leur jointure :

Icy l’une des mains tombe de pourriture,
Les yeus d’autre costé destournez à l’envers
Se distillent en glaire, et les muscles divers
Servent aux vers goulus d’ordinaire pasture :

Le ventre deschiré cornant de puanteur
Infecte l’air voisin de mauvaise senteur,
Et le né my-rongé difforme le visage ;

Puis connoissant l’estat de ta fragilité,
Fonde en DIEU seulement, estimant vanité
Tout ce qui ne te rend plus scavant et plus sage.

Tantost la crampe au piés…

Tantost la crampe aus piés, tantost la goûte aus mains,
Le muscle, le tendon, et le nerf te travaille ;
Tantost un pleuresis te livre la bataille,
Et la fièvre te poingt de ses trais inhumains ;
Tantost l’aspre gravelle espaissie en tes reins

Te pince les boyaus de trenchante tenaille :
Tantost une apostume aus deus poumons t’assaille,
Et l’esbat de Venus trouble tes yeux serains.

Ainsi en advient il à quiconque demeure
En la maison d’autruy, mais s’il faut que tu meure,
Tu deviens aussi tost pensif et soucieus :

Helas aimes tu mieus mourir tousjours en doute
Que vivre par la mort? celuy qui la redoute
Ne fera jamais rien digne d’un homme preus.

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