Air du temps
Nuage
Un cheval blanc s’élève
et c’est l’auberge à l’aube où s’éveillera le premier venu
Vas-tu traîner toute ta vie au milieu du monde
A demi-mort
A demi-endormi
Est-ce que tu n’as pas assez des lieux communs
Les gens te regardent sans rire
Ils ont des yeux de verre
Tu passes Tu perds ton temps Tu passes
Ballade de celui qui chanta dans les supplices
– “Et s’il était à refaire
Je referais ce chemin…”
Une voix monte des fers
Et parle des lendemains.
On dit que dans sa cellule,
Deux hommes, cette nuit-là,
Lui murmuraient: “Capitule
De cette vie es-tu las?
Tu peux vivre, tu peux vivre,
Tu peux vivre comme nous!
Dis le mot qui te délivre
Et tu peux vivre à genoux…”
– “Et s’il était à refaire,
Je referais ce chemin…”
La voix qui monte des fers
Parle pour les lendemains.
“Rien qu’un mot: la porte cède,
S’ouvre et tu sors! Rien qu’un mot:
Le bourreau se dépossède…
Sésame! Finis tes maux!
Rien qu’un mot, rien qu’un mensonge
Pour transformer ton destin…
Songe, songe, songe, songe
A la douceur des matins!”
– “Et si c’était à refaire
Je referais ce chemin…”
La voix qui monte des fers
Parle pour les lendemains.
“J’ai dit tout ce qu’on peut dire:
L’exemple du Roi Henri…
Un cheval pour mon empire…
Une messe pour Paris…
Rien à faire.” Alors qu’ils partent!
Sur lui retombe son sang!
C’était son unique carte:
Périsse cet innocent!
Et si c’était à refaire
Referait-il ce chemin?
La voix qui monte des fers
Dit: “Je le ferai demain.
Je meurs et France demeure
Mon amour et mon refus.
O mes amis, si je meurs,
Vous saurez pourquoi ce fut!”
Ils sont venus pour le prendre.
Ils parlent en allemand.
L’un traduit: “Veux-tu te rendre?”
Il répète calmement:
-“Et si c’était à refaire
Je referais ce chemin,
Sous vos coups, chargé de fers,
Que chantent les lendemains!”
Il chantait, lui, sous les balles,
Des mots: “… sanglant est levé…”
D’une seconde rafale,
Il a fallu l’achever.
Une autre chanson française
A ses lèvres est montée,
Finissant la Marseillaise
Pour toute l’humanité!
Elsa au miroir
C’était au beau milieu de notre tragédie
Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d’or Je croyais voir
Ses patientes mains calmer un incendie
C’était au beau milieu de notre tragédie
Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d’or et j’aurais dit
C’était au beau milieu de notre tragédie
Qu’elle jouait un air de harpe sans y croire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d’or et j’aurais dit
Qu’elle martyrisait à plaisir sa mémoire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir
A ranimer les fleurs sans fin de l’incendie
Sans dire ce qu’une autre à sa place aurait dit
Elle martyrisait à plaisir sa mémoire
C’était au beau milieu de notre tragédie
Le monde ressemblait à ce miroir maudit
Le peigne partageait les feux de cette moire
Et ces feux éclairaient des coins de ma mémoire
C’était au beau milieu de notre tragédie
Comme dans la semaine est assis le jeudi
Et pendant un long jour assise à sa mémoire
Elle voyait au loin mourir dans son miroir
Un à un les acteurs de notre tragédie
Et qui sont les meilleurs de ce monde maudit
Et vous savez leurs noms sans que je les aie dits
Et ce que signifient les flammes des longs soirs
Et ses cheveux dorés quand elle vient s’asseoir
Et peigner sans Hen dire un reflet d’incendie
Elsa-valse
Ou t’en vas-tu pensée où t’en vas-tu rebelle
Le Sphinx reste à genoux dans les sables brilants
La Victoire immobile en est-elle moins belle
Dans la pierre qui lencorbelle
Faute de s’envoler de l’antique chaland
Quelle valse inconnue entraînante et magique
M’emporte malgré moi comme une folle idée
Je sens fuir sous mes pieds cette époque tragique
Elsa quelle est cette musique
Ce n’est plus moi qui parle et mes pas sont guidés
Cette valse est un vin qui ressemble au Saumur
Cette valse est un vin que jai bu dans tes bras
Tes cheveux en sont l’or et mes vers s’en émurent
Valsons-la comme on saute un mur
Ton nom s’y murmure Elsa valse et valsera
La jeunesse iy pétille ow nos jours étant courts
A Montmarire on allait oublier qu’on pleura
Notre nuit a perdu ce secret du faux-jour
Mais a-t-elle oublié l’amour
L’amour si lourd Elsa valse et valsera
Puis la vie a tourné sur ses talons de songes
Que d’amis j’ai perdus L’un tirait les tarots
L’autre en dormant parlait de amour des éponges
Drdéles de gens que l’ombre ronge
Fanfarons de l’erreur qui jouaient aux héros
Souviens-toi des chansons que chantait pour nous plaire
La négresse — au teint clair ce minuit qu’on poudra
Avant Taube en rentrant on prenait un peu lair
Que de nuits ainsi s’envolèrent
O temps sans colère Elsa valse et valsera
Achetée à crédit la machine à écrire
Nous mettait tous les mois dans un bel embarras
On n’avait pas le sou Qwil est cher — de chérir
Mes soucis étaient tes sourires
Car je pouvais dire Elsa valse et valsera
Puis la vie a tourné sur ses talons de verre
Le tzigane du sort changea de violon
Nous avons voyagé par un monde sévère
Qui roulait la tête a l’envers
Des sanglots étouffés mêlés a ses flonflons
Tu faisais des bijoux pour la ville et le jour
Tout tournait — en colliers dans tes mains d’Opéra
Des morceaux de chiffons des morceaux de miroir
Des colliers beaux comme la gloire
Beaux a n’y pas croire Elsa valse et valsera
J’allais vendre aux marchands de New York et d’ailleurs
De Berlin de Rio de Milan d’ Ankara
Ces joyaux faits de rien sous tes doigts orpailleurs
Ces cailloux qui semblaient des fleurs
Portant tes couleurs Elsa valse et valsera
Puis la vie a tourné sur ses talons de rage
Des éclairs traversaient les tubes de néon
On entendait hennir des chevaux de nuages
Traînant des voitures d’orage
Le jazz contre un tambour troque l’accordéon
Ce qui suit pourrait mal se danser quand César
A pour vous dévorer les chacals qu’il voudra
Mais quel air tourbillonne au tombeau de lazare
Entends-tu son rythme bizarre
Au bal des hasards Elsa valse et valsera
Nous avons traversé le cyclone et le sort
D’enfer sur la terre et le ciel y cherra
Mais voici qu’a Vhorreur il succède une aurore
Et que cède a amour la mort
Elsa valse encore Elsa valse et valsera
Et la vie a tourné sur ses talons de paille
Avez-vous vu ses yeux Ce sont des yeux d’enfant
La terre accouchera d’un soleil sans batailles
Il faut que la guerre s’en aille
Mais seulement que l’homme en sorte triomphant
Mon amour n’a qu’un nom c’est la jeune espérance
J’en retrouve toujours la neuve symphonie
Et vous qui l’entendez du fond de la souffrance
Levez les yeux beaux fils de France
Mon amour n’a qu’un nom Mon cantique est fini
LES YEUX D’ELSA, Cantique a Elsa, 1942, Editions Seghers.
Il n’y a pas d’amour heureux
Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son cœur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n’y a pas d’amour heureux
Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu’on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu’on retrouve au soir désœuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
Il n’y a pas d’amour heureux
Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j’ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n’y a pas d’amour heureux
Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l’unisson
Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n’y à pas d’amour heureux
Il n’y a pas d’amour qui ne soit à douleur
Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri
Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l’amour de la patrie
Il n’y a pas d’amour qui ne vive de pleurs
Il n’y a pas d’amour heureux
Mais c’est notre amour à tous deux
J’entends j’entends le monde est là
J’entends j’entends le monde est là
Il passe des gens sur la route
Plus que mon cœur je les écoute
Le monde est mal fait mon cœur las
Faute de vaillance ou d’audace
Tout va son train rien n’a changé
On s’arrange avec le danger
L’âge vient sans que rien se passe
Au printemps de quoi révais-tu
On prend la main de qui l’on croise
Ah mettez les mots sur l’ardoise
Compte qui peut le temps perdu
Tous ces visages ces visages
J’en ai tant vu des malheureux
Et qu’est-ce que j’ai fait pour eux
Sinon gaspiller mon courage
Sinon chanter chanter chanter
Pour que l’ombre se fasse humaine
Comme un dimanche à la semaine
Et l’espoir à la vérité
J’en ai tant vu qui s’en allèrent
Ils ne demandaient que du feu
Ils se contentaient de si peu
Ils avaient si peu de colère
J’entends leurs pas j’entends leurs voix
Qui disent des choses banales
Comme on en lit sur le journal
Comme on en dit le soir chez soi
Ce qu’on fait de vous hommes femmes
O pierre tendre tôt usée
Et vos apparences brisées
Vous regarder m’arrache l’âme
Les choses vont comme elles vont
De temps en temps la terre tremble
Le malheur au malheur ressemble
Il est profond profond profond
Vous voudriez au ciel bleu croire
Je le connais ce sentiment
J’y crois aussi moi par moments
Comme l’alouette au miroir
J’y crois parfois je vous l’avoue
A n’en pas croire mes oreilles
Ah je suis bien votre pareil
Ah je suis bien pareil à vous
A vous comme les grains de sable
Comme le sang toujours versé
Comme les doigts toujours blessés
Ah je suis bien votre semblable
J’aurais tant voulu vous aider
Vous qui semblez autres moi-même
Mais les mots qu’au vent noir je sème
Qui sait si vous les entendez
Tout se perd et rien ne vous touche
Ni mes paroles ni mes mains
Et vous passez votre chemin
Sans savoir ce que dit ma bouche
Votre enfer est pourtant le mien
Nous vivons sous le même règne
Et lorsque vous saignez je saigne
Et je meurs dans vos mêmes liens
Quelle heure est-il quel temps fait-il
J’aurais tant aimé cependant
Gagner pour vous pour moi perdant
Avoir été peut-être utile
C’est un rêve modeste et fou
Il aurait mieux valu le taire
Vous me mettrez avec en terre
Comme une étoile au fond d’un trou
Je vais te dire un grand secret...
Je vais te dire un grand secret Le temps c’est toi
Le temps est femme IL] a
Besoin qu’on le courtise et qu’on s’asseye
A ses pieds le temps comme une robe a défaire
Le temps comme une chevelure sans fin
Peignée
Un miroir que le souffle embue et désembue
Le temps c’est toi qui dors a l’aube où je m’éveille
C’est toi comme un couteau traversant mon gosier
Oh que ne puis-je dire ce tourment du temps qui ne passe point
Le conscrit des cent villages
Prairie adieu mon espérance
Adieu belle herbe adieu les blés
Et les raisins que j’ai foulés
Adieu mes eaux vives ma France
Adieu le ciel et la maison
Tuile saignante ardoise grise
Je vous laisse oiseaux les cerises
Les filles l’ombre et l’horizon
J’emmène avec moi pour bagage
Cent villages sans lien sinon
L’ancienne antienne de leurs noms
L’odorante fleur du langage
Une romance à ma façon
Amour de mon pays mémoire
Un collier sans fin ni fermoir
Le miracle d’une chanson
Un peu de terre brune et blonde
Sur le trou noir de mon chagrin
J’emmène avec moi le refrain
De cent noms dits par tout le monde
Adieu Forléans Marimbault
Vollore-Ville Volmerange
Avize Avoine Vallerange
Ainval-Septoutre Mongibaud
Fains-la-Folie Aumur Andance
Guillaume-Peyrouse Escarmain
Dancevoir Parmilieu Parmain
Linthes-Pleurs Caresse Abondance
Adieu La Faloise Janzé
Adieu Saint-Désert Jeandelize
Gerbépal Braize Juvelise
Fontaine-au-Pire et Gévezé
Que je respire Et je respire
Ces étoiles dans ma gorge y
Font une lueur de magie
Trompe l’exil mon faux empire
Il faut reprendre ô saoulerie
Ce déroulement implacable
Et boire et boire les vocables
Où flambe et tremble la patrie
Aigrefeuille-d’Aunis Feuilleuse
Magnat-l’Étrange Florentin
Tilleul-Dame-Agnès Dammartin
Vers-Saint-Denis Auvers Joyeuse
Cramaille Crémarest Crévoux
Crêches-sur-Saône Aure Les Mars
Croismare Andé Vourles Vémars
Amarens Seuil Le Rendez-Vous
L’Âme Sommaisne Flammerans
Sore Sormonne Sormery
Sommeilles La Maladrerie
Bussy-le-Repos Sommerance
Mon pays souffre mille maux
S’en souvenir monte à la tête
Ah démons démons que vous êtes
Versez-moi des mots et des mots
Il reste aux mots comme aux fougères
Qui tantôt encore brûlaient
Cette beauté de feu follet
Leurs architectures légères
Angoisse Adam-les-Passavant
Bors l’Aventure Avril-sur-Loire
La Balme-d’Épy Tréméloir
Passefontaine Treize-Vents
Adieu le lieudit l’Île-d’Elle
Adieu Lillebonne Écublé
Ouvrez tout grands vos noms ailés
Envolez-vous mes hirondelles
Et retournez et retournez
Albine Alise-Sainte-Reine
Les Sources-la-Marine Airaines
Jeux-les-Bards Gigors Guéméné
Vers Pré-en-Pail ou Trinquetaille
Vers Venouze ou vers Venizy
Lizières Lizine Lizy
Taillebourg Arques-la-Bataille
Albans-Dessus Albans-Dessous
Planez lourds aiglons des paroles
Valsemé Grand-Cœur Grandeyrolles
Jetés au ciel comme des sous
Adieu Caer et Biscarosse
Poignards que vous avez d’éclat
Ô Saint-Geniès-de-Comolas
Adieu Néronde Orny Garrosse
Pas un qui demeure sur cent
Villages aux noms de couleur
Villages volés mes douleurs
Le temps a fui comme du sang
Musiques s’il n’est pas trop tard
Parfumez le vent parfumé
Sanglotez les cent noms aimés
Que j’écoute au loin vos guitares
Le musée grevin
J cris dans ce pays tandis que la police
A toute heure de nuit entre dans les maisons
Que les inquisiteurs enfongant leurs éclisses
Dans les membres brisés guettent les trahisons...
Jécris dans un champ clos ou des deux adversaires
L’un semble d’une pièce armure et palefroi
Et l’autre que l’épée atrocement lacére
A lui pour tout arroi sa bravoure et son droit
J écris dans cette fosse où non plus un prophète
Mais un peuple est parmi les bêtes descendu
Qu’on somme de ne plus oublier sa défaite
Et de livrer aux ours la chair qui leur est due
J écris dans ce décor tragique où les acteurs
Ont perdu leur chemin leur sommeil et leur rang
Dans ce théâtre vide ou les usurpateurs
Anonnent de grands mots pour les seuls ignorants...
Comment voudriez-vous que je parle des fleurs
Et quiil n’y ait des cris dans tout ce que jécris
De l’arc-en-ciel ancien je n’ai que trois couleurs
Et les airs que j’aimais vous les avez proscrits
Que ne puis-je passer ce monde à l’écumoire
Ses songes éveillés et ses monstres maudits
Du Paradis perdu retrouver la mémoire
Pour renouer ma phrase avec sa mélodie
Je dis avec les mots des choses machinales
Plus machinalement que la neige neigeant
Mots démonétisés qu’on lit dans le journal
Et je parle avec eux le langage des gens...
Je vous salue ma France arrachée aux fantémes
O rendue à la paix Vaisseau sauvé des eaux
Pays qui chante Orléans Beaugency Vendéme
Cloches cloches sonnez l’angélus des oiseaux
Je vous salue ma France aux yeux de tourterelle
Jamais trop mon tourment mon amour jamais trop
Ma France mon ancienne et nouvelle querelle
Sol semé de héros ciel plein de passereaux
Je vous salue ma France où les vents se calmérent
Ma France de toujours que la géographie
Ouvre comme une paume aux souffles de la mer
Pour que l’oiseau du large y vienne et se confie
Je vous salue ma France où l’oiseau de passage
De Lille à Roncevaux de Brest au Mont-Cenis
Pour la première fois a fait l’apprentissage
De ce qu’il peut cofter d’abandonner un nid
Patrie également à la colombe ou l’aigle
De l’audace et du chant doublement habitée
Je vous salue ma France où les blés et les seigles
Marissent au soleil de la diversité
Je vous salue ma France où le peuple est habile
A ces travaux qui font les jours émerveillés
Et que l’on vient de loin saluer dans sa ville
Paris mon cœur trois ans vainement fusillé
Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe
Cet arc-en-ciel témoin qu’il ne tonnera plus
Liberté dont frémit le silence des harpes
Ma France d’au delà le déluge salut.
Le rendez-vous perpétuel
J’écris contre le vent majeur et n’en déplaise
A ceux-là qui ne sont que des voiles gonflées
Plus fort souffle ce vent et plus rouge est la braise
L’histoire et mon amour ont la même foulée
J’écris contre le vent majeur et que m’importe
Ceux qui ne lisent pas dans la blondeur des blés
Le pain futur et rient que pour moi toute porte
Ne soit que ton passage et tout ciel que tes yeux
Qu’un tramway qui s’en va toujours un peu t’emporte
Contre le vent majeur par un temps nuageux
J’écris comme je veux et tant pis pour les sourds
Si chanter leur paraît mentir à mauvais jeu
Il n’y a pas d’amour qui ne soit notre amour
La trace de tes pas m’explique le chemin
C’est toi non le soleil qui fais pour moi le jour
Je comprends le soleil au hâle de tes mains
Le soleil sans l’amour c’est la vie au hasard
Le soleil sans l’amour c’est hier sans demain
Tu me quittes toujours dans ceux qui se séparent
C’est toujours notre amour dans tous les yeux pleuré
C’est toujours notre amour la rue où l’on s’égare
C’est notre amour c’est toi quand la rue est barrée
C’est toi quand le train part le cœur qui se déchire
C’est toi le gant perdu pour le gant déparé
C’est toi tous les pensers qui font l’homme pâlir
C’est toi dans les mouchoirs agités longuement
Et c’est toi qui t’en vas sur le pont des navires
Toi les sanglots éteints toi les balbutiements
Et sur le seuil au soir les aveux sans paroles
Un murmure échappé Des mots dits en dormant
Le sourire surpris le rideau qui s’envole
Dans un préau d’école au loin d’écho des voix
Un deux trois des enfants qui comptent qui s’y colle
La nuit le bruire des colombes sur le toit
La plainte des prisons la perle des plongeurs
Tout ce qui fait chanter et se taire c’est toi
Et c’est toi que je chante AVEC le vent majeur