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Rondeaulx
Clément Marot
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Rondeaulx

A une Dame...

Tant seulement ton amour je demande,
Te suppliant, que ta beauté commande
Au cueur de moy, comme à ton serviteur,
Quoy que jamais il ne desservit heur,
Qui procedast d’une grace si grande.

Croy que ce cueur de te congnoistre amande,
Et voluntiers se rendroit de ta bande,
S’il te plaisoit lui faire cest honneur
Tant seulement.

Si tu le veulx, metz le soubz ta commande :
Si tu le prens, las je te recommande
Le triste Corps : ne le laisse sans Cueur,
Mais loges y le tien, qui est vainqueur
De l’humble Serf, qui son vouloir te mande
Tant seulement.

De celuy qui ne pense qu’en s’amye

Toutes les nuictz je ne pense qu’en celle,
Qui a le corps plus gent qu’une pucelle
De quatorze ans, sur le poinct d’enrager :
Et au dedans un cueur, pour abreger,
Autant joyeux, qu’eut onques Damoyselle.

Elle a beau tainct, un parler de bon zelle,
Et le Tetin rond comme une Groizelle :
N’ay je donc pas bien cause de songer
Toutes les nuictz ?

Touchant son cueur, je l’ay en ma cordelle,
Et son Mary n’a sinon le corps d’elle :
Mais toutesfoys, quand il voudra changer,
Prenne le cueur : et pour le soulager
J’auray pour moy le gent corps de la belle
Toutes les nuictz.

De sa grande amie

Dedans Paris, Ville jolie,
Un jour passant mélancolie
Je pris alliance nouvelle
À la plus gaie damoiselle
Qui soit d’ici en Italie.
D’honnêteté elle est saisie,
Et crois selon ma fantaisie
Qu’il n’en est guère de plus belle
Dedans Paris.
Je ne vous la nommerai mie
Sinon que c’est ma grande amie,
Car l’alliance se fit telle,
Par un doux baiser, que j’eus d’elle,
Sans penser aucune infamie
Dedans Paris.

Pour un qui est allé loing de s’amye

Loing de tes yeulx t’amour me vient poursuivre
Autant ou plus qu’elle me souloit suivre
Aupres de toy : car tu as — pour tout seur —
Si bien gravé dedans moy ta doulceur,
Que mieulx gagner ne se pourroit en cuivre.

Le corps est loing, plus à toy ne se livre :
Touchant le cueur, ta beauté m’en delivre.
Ainsi je suis long temps a sans mon cueur,
Loing de tes yeulx.

Or l’homme est mort, qui n’a son cueur delivre :
Mais endroit moy ne s’en peult mort ensuyvre,
Car si tu as le mien plein de langueur,
J’ay avec moy le tien plein de vigueur,
Lequel autant, que le mien, me faict vivre
Loing de tes yeulx.
❦ Rondeaulx · Clément Marot
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