Clément Marot

Clément Marot

1495–1544 · a vécu 48 ans FR FR

n. 1495-12-02, Cahors · m. 1544-09-12, Turim

A une Dame...

Tant seulement ton amour je demande,
Te suppliant, que ta beauté commande
Au cueur de moy, comme à ton serviteur,
Quoy que jamais il ne desservit heur,
Qui procedast d’une grace si grande.

Croy que ce cueur de te congnoistre amande,
Et voluntiers se rendroit de ta bande,
S’il te plaisoit lui faire cest honneur
Tant seulement.

Si tu le veulx, metz le soubz ta commande :
Si tu le prens, las je te recommande
Le triste Corps : ne le laisse sans Cueur,
Mais loges y le tien, qui est vainqueur
De l’humble Serf, qui son vouloir te mande
Tant seulement.
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Poèmes

10

A une Dame...

Tant seulement ton amour je demande,
Te suppliant, que ta beauté commande
Au cueur de moy, comme à ton serviteur,
Quoy que jamais il ne desservit heur,
Qui procedast d’une grace si grande.

Croy que ce cueur de te congnoistre amande,
Et voluntiers se rendroit de ta bande,
S’il te plaisoit lui faire cest honneur
Tant seulement.

Si tu le veulx, metz le soubz ta commande :
Si tu le prens, las je te recommande
Le triste Corps : ne le laisse sans Cueur,
Mais loges y le tien, qui est vainqueur
De l’humble Serf, qui son vouloir te mande
Tant seulement.

Blason du beau tétin

Tétin refait, plus blanc qu’un œuf,
Tétin de satin blanc tout neuf,
Tout qui fais honte à la rose,
Tétin plus beau que nulle chose
Tétin dur, non pas tétin, voire,
Mais petite boule d’ivoire,
Au milieu duquel est assise
Une fraise ou une cerise
Que nul ne voit, ne touche aussi,
Mais je gage qu’il est ainsi :
Tétin donc au petit bout rouge,
Tétin qui jamais ne se bouge,
Soit pour venir, soit pour aller,
Soit pour courir, soit pour baller :
Tétin gauche, tétin mignon,
Toujours loin de son compagnon,
Tétin qui portes témoignage
Du demeurant du personnage,
Quand on te voit, il vient à maints
Une envie dedans les mains
De te tâter, de te tenir :
Mais il se faut bien contenir
D’en approcher, bon gré ma vie,
Car il viendrait une autre envie.
O Tétin, ni grand, ni petit,
Tétin mûr, tétin d’appétit,
Tétin qui nuit et jour criez :
Mariez-moi tôt, mariez !
Tétin qui t’enfles, et repousses
Ton gorgias de deux bons pouces,
À bon droit heureux on dira
Celui qui de lait t’emplira,
Faisant d’un tétin de pucelle,
Tétin de femme entière et belle.

Chanson

J’ai grand désir
D’avoir plaisir
D’amour mondaine :
Mais c’est grand peine,
Car chaque loyal amoureux
Au temps présent est malheureux
Et le plus fin
Gagne à la fin
La grâce pleine.

Chant de Mai et de Vertu

Volontiers en ce mois ici
La terre mue et renouvelle.
Maints amoureux en font ainsi,
Sujets à faire amour nouvelle
Par légèreté de cervelle,
Ou pour être ailleurs plus contents ;
Ma façon d’aimer n’est pas telle,
Mes amours durent en tout temps.

N’y a si belle dame aussi
De qui la beauté ne chancelle ;
Par temps, maladie ou souci,
Laideur les tire en sa nacelle ;
Mais rien ne peut enlaidir celle
Que servir sans fin je prétends ;
Et pour ce qu’elle est toujours belle
Mes amours durent en tout temps.

Celle dont je dis tout ceci,
C’est Vertu, la nymphe éternelle,
Qui au mont d’honneur éclairci
Tous les vrais amoureux appelle :
« Venez, amants, venez (dit-elle),
Venez à moi, je vous attends ;
Venez (ce dit la jouvencelle).
Mes amours durent en tout temps. »

ENVOI

Prince, fais amie immortelle,
Et à la bien aimer entends ;
Lors pourras dire sans cautelle :
« Mes amours durent en tout temps. »

De celuy qui ne pense qu’en s’amye

Toutes les nuictz je ne pense qu’en celle,
Qui a le corps plus gent qu’une pucelle
De quatorze ans, sur le poinct d’enrager :
Et au dedans un cueur, pour abreger,
Autant joyeux, qu’eut onques Damoyselle.

Elle a beau tainct, un parler de bon zelle,
Et le Tetin rond comme une Groizelle :
N’ay je donc pas bien cause de songer
Toutes les nuictz ?

Touchant son cueur, je l’ay en ma cordelle,
Et son Mary n’a sinon le corps d’elle :
Mais toutesfoys, quand il voudra changer,
Prenne le cueur : et pour le soulager
J’auray pour moy le gent corps de la belle
Toutes les nuictz.

De sa grande amie

Dedans Paris, Ville jolie,
Un jour passant mélancolie
Je pris alliance nouvelle
À la plus gaie damoiselle
Qui soit d’ici en Italie.
D’honnêteté elle est saisie,
Et crois selon ma fantaisie
Qu’il n’en est guère de plus belle
Dedans Paris.
Je ne vous la nommerai mie
Sinon que c’est ma grande amie,
Car l’alliance se fit telle,
Par un doux baiser, que j’eus d’elle,
Sans penser aucune infamie
Dedans Paris.

De soi-même

Plus ne suis ce que j’ai été,
Et ne le saurais jamais être.
Mon beau printemps et mon été
Ont fait le saut par la fenêtre.

Amour, tu as été mon maître.
Je t’ai servi sur tous les Dieux.
Ah si je pouvais deux fois naître,
Comme je te servirais mieux !

Du portement d’Anne

Où allez-vous, Anne ? que je le sache,
Et m’enseignez avant que de partir
Comme ferai, afin que mon œil cache
Le dur regret du cœur triste et martyr.
Je sais comment ; point ne faut m’avertir :
Vous le prendrez, ce cœur, je le vous livre ;
L’emporterez pour le rendre délivre
Du deuil qu’aurait loin de vous en ce lieu ;
Et pour autant qu’on ne peut sans cœur vivre
Me laisserez le vôtre, et puis adieu.

Ma dame ne m’a pas vendu

Ma dame ne m’a pas vendu,
Elle m’a seulement changé :
Mais elle a au change perdu,
Dont je me tiens pour bien vengé :
Car un loyal a estrangé
Pour un autre qui la diffame.
N’est-elle pas legere femme?

Le Noir a quicté et rendu,
Le Blanc est d’elle desrengé :
Violet luy est deffendu,
Point n’ayme Bleu, ny Orengé :
Son cueur muable s’est rengé
Vers le Changeant, couleur infame :
N’est elle pas legere femme ?

Pour un qui est allé loing de s’amye

Loing de tes yeulx t’amour me vient poursuivre
Autant ou plus qu’elle me souloit suivre
Aupres de toy : car tu as — pour tout seur —
Si bien gravé dedans moy ta doulceur,
Que mieulx gagner ne se pourroit en cuivre.

Le corps est loing, plus à toy ne se livre :
Touchant le cueur, ta beauté m’en delivre.
Ainsi je suis long temps a sans mon cueur,
Loing de tes yeulx.

Or l’homme est mort, qui n’a son cueur delivre :
Mais endroit moy ne s’en peult mort ensuyvre,
Car si tu as le mien plein de langueur,
J’ay avec moy le tien plein de vigueur,
Lequel autant, que le mien, me faict vivre
Loing de tes yeulx.

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