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Les Amours d’Hippolyte
Philippe Desportes
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Les Amours d’Hippolyte

Chanson

Tant que j’ay eu de sang, des soupirs et des larmes,
J’ay payé le tribut à vostre cruauté,
Esperant follement par ma fidélité
De vos cruelles mains faire tomber les armes.

Je n’ay plus cet espoir, mais j’ay bien connoissance
Que pour plus m’affoiblir vous m’alliez outrageant,
Ainsi qu’un fier Tyran ses sujets va chargeant,
Pour les deffaire apres avec moins de defanse.

Et bien je mourray donc : et la fin de ma vie
Sera fin de mon mal et de vostre désir.
Je mourray bien-contant de vous faire plaisir,
Mais fasché que de moy ne serez plus servie.

C’est de ce seul regret que la pointe m’entame,
Et qui fait que je meurs triste et désespéré,
Avec cêt autre soin dont je suis martyré,
Sçavoir apres ma mort que deviendra mon âme.

Sa constance et sa foy, sa despouille meurtrie,
Son martyre enduré la doit faire sauver :
Mais je crains d’autrepart de la voir réprouver,
Et damner à bon droit pour son idolâtrie.

Car en vous seulement elle avoit sa fiance,
Au plus fort des tourmens vostre nom reclamoit,
N’adoroit rien que vous et constante affermoit
Qu’il n’estoit nul salut hors de ceste créance :

Et qui plus est encor, elle est tant ostinee,
Que ceste vieille erreur ne veut point délaisser :
Et dit, pour tout confort, qu’il luy plaist de penser,
Que pour trop vous aimer elle sera damnée.

Icare est chu ici, le jeune audacieux

Icare est chu ici, le jeune audacieux,
Qui pour voler au Ciel eut assez de courage :
Ici tomba son corps dégarni de plumage,
Laissant tous braves cœurs de sa chute envieux.

Ô bienheureux travail d’un esprit glorieux,
Qui tire un si grand gain d’un si petit dommage !
Ô bienheureux malheur, plein de tant d’avantage
Qu’il rende le vaincu des ans victorieux !

Un chemin si nouveau n’étonna sa jeunesse,
Le pouvoir lui faillit, mais non la hardiesse ;
Il eut, pour le brûler, des astres le plus beau.

Il mourut poursuivant une haute aventure,
Le ciel fut son désir, la mer sa sépulture :
Est-il plus beau dessein, ou plus riche tombeau ?

Puis que vous le voulez, demeurez inhumaine

Puis que vous le voulez, demeurez inhumaine,
Et me faisant mourir feignez de n’en rien voir,
Vous ne pourrez pourtant ma constance émouvoir,
Car du feu de vos yeux mon âme est toute plaine.

Mon cœur est immuable, et mon amour certaine,
Les plus cruels tourmens y perdent leur pouvoir :
S’il advient que je meure en faisant mon devoir,
Vous en aurez l’offense, et j’en auray la paine.

Las! Mon mal me plaist tant, pource qu’il vient de vous,
Que je trouve en souffrant le martyre bien doux
Et de m’en délivrer je ne prens point d’envie.
C’est pourquoy je craindroy de mourir en aimant,
Non pour fuir la mort, mais de peur seulemant
De perdre mes douleurs si je perdoy la vie.
❦ Les Amours d’Hippolyte · Philippe Desportes
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