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Poèmes de ce thème

Identité de genre

Fanny de Beauharnais

Fanny de Beauharnais

Aux hommes

Fier d’une fausse liberté,
Sexe, qui vous croyez le maître,
Soyez, au moins, digne de l’être.
Justifiez votre fierté ;
Et puis, ce sera notre affaire,
Quand vous l’aurez bien mérité,
De vous surpasser pour vous plaire.
Pardonnez-moi cette candeur,
Qui peut vous paraître un outrage,
Mais qui convient à mon humeur.
Vive, indépendante et volage,
Ma plume obéit à mon cœur.
Disserter est votre partage :
Il est très noble assurément ;
Le nôtre, c’est l’amusement,
Qui, prouvant moins, vaut davantage.
À votre plus grave argument,
Nous répondons en nous jouant,
Avec un mot de persiflage.
Notre frivole Aréopage
Donne des lois à vos Héros,
Et nous cachons vos noirs bureaux,
Sous les pompons du badinage.
Vous vous battez bien mieux que nous ;
Vous savez manier des armes :
Un grand sabre a pour vous des charmes ;
Chez vous la force aide au courroux.
Oui, messieurs, j’oserai le dire,
Depuis longtemps on sait cela ;
C’est d’elle que vient votre empire ;
Le nôtre, il est vrai, n’est point-là.
Le Ciel aussi nous dédommage.
Si la force manque à nos vœux,
Dans nos cœurs il met le courage ;
Combien nos combats sont affreux !
Dans ces plaines, que Mars ravage,
Les vôtres sont moins douloureux ;
Et l’ennemi qu’il vous faut craindre,
Ne sachant, ni plaire, ni feindre,
Moins cher, est bien moins dangereux.
Vous faut-il dévorer des larmes,
Résister à votre vainqueur ?
Sans honte, vous rendez les armes.
Mais, sous une feinte douceur,
Quand l’Amour blesse notre cœur ;
Trop sincères pour ne pas croire,
Pleurant la peine ou le bonheur,
Et la défaite et la victoire,
Et le triomphe de l’honneur,
Ou la perte de notre gloire,
Nous trouvons partout le malheur.
Savez-vous vaincre la Nature ?
Connaissez-vous tous ces tourments,
Vous, esclaves de vos penchants,
Vous, que l’impunité rassure ?
J’ai tort, je vous condamne en vain ;
Tous mes reproches sont des crimes :
N’avez-vous pas votre latin,
Qui vous rend des êtres sublimes ?
Oui, messieurs ; le Sexe jaseur
Doit tout au Sexe raisonneur.
Trop heureuses, je suis sincère,
Que des demi-Dieux, tels que vous,
Daignent descendre jusqu’à nous,
Et s’humaniser, pour nous plaire.
Des Philosophes, des Penseurs,
Des Géomètres, des Docteurs,
Dont les discours sont admirables,
Et les écrits inexplicables,
S’occuper de jolis enfants !
Et perdre parfois le bon sens !
Autour de nous jouer sans cesse !
S’abaisser à notre faiblesse !…
Tel est pourtant notre pouvoir.
Que la Nature forme un sage,
Si le sage vient à nous voir,
Reconnaît-elle son ouvrage ?
Enfin, tout adore nos fers ;
Tout suit l’instinct qui nous dirige :
Par nos grâces, par nos travers,
Si l’on veut, par notre vertige,
Nous enchaînons cet univers.
Nous lui prouvons, grâce au prestige,
Qu’en vous ébauchant avant nous,
Le Ciel, de notre honneur jaloux,
Pour la fin garda son prodige,
Et que la main du Créateur
Commença vite par la tige,
Pour donner ses soins à la fleur.
Victoire Babois

Victoire Babois

Mon sexe, dites-vous…

Mon sexe, dites-vous, déshérité des cieux,
Ne sait juger ni vers ni prose.
Un style clair et pur, obscur ou vicieux ;
Du bon ou du mauvais : c’est pour lui même chose.
Jamais de l’analyse il ne prit le compas,
Enfin de l’art d’écrire il ne se doute pas.
Hé bien, passe pour l’art d’écrire :
Mais il faut nous permettre au moins de savoir lire.
Si vous tenez rigueur, si vous n’accordez rien,
Nous lirons malgré vous, et nous lirons très bien.
On a vu, grâce à la sottise,
On voit et l’on verra pédants lourds et diffus
Écrire sans s’entendre et sans être entendus,
Et s’admirer surtout quoi que la raison dise.
Mais femme en l’art des mots est beaucoup moins apprise :
De la clarté du sens elle fait plus de cas,
Et n’admire jamais ce qu’elle n’entend pas.
Bien il est vrai pourtant que l’austère analyse
Ne procède pas à sa guise.
Elle s’en va décomposant,
Recomposant et détruisant,
Sur l’avenir, sur le présent,
La douce illusion que la nature a mise.
Cette méthode exacte a pour nous peu d’appas ;
Messieurs, ne vous en fâchez pas :
On peut être, je crois, sans vous faire une injure,
Du même avis que la nature.
Et puis, la vérité qui marche pas à pas,
Bientôt nous conduirait peut-être
À vouloir juger notre maître ;
Et quel serait votre embarras,
Si nous allions vous bien connaître !
En vous analysant sans nous laisser charmer,
Le résultat bien net d’une telle science
Ne nous offrirait pas, je pense,
Trop de raisons pour vous aimer.