Poèmes de ce thème
Peur et anxiété
Alfred Jarry
la peur
Roses de feu, blanches d’effroi,
Les trois Filles sur le mur froid
Regardent luire les grimoires ;
Et les spectres de leurs mémoires
Sont évoqués sur les parquets,
Avec l’ombre de doigts marqués
Aux murs de leurs chemises blanches,
Et de griffes comme des branches.
Le poêle noir frémit et mord
Des dents de sa tête de mort
Le silence qui rampe autour.
Le poêle noir, comme une tour
Prêtant secours à trois guerrières
Ouvre ses yeux de meurtrières.
Roses de feu, blanches d’effroi,
En longues chemises de cygnes,
Les trois Filles, sur le mur froid
Regardant grimacer les signes
Ouvrent, les bras d’effroi liés,
Leurs yeux comme des boucliers.
[…]
Les trois Filles sur le mur froid
Regardent luire les grimoires ;
Et les spectres de leurs mémoires
Sont évoqués sur les parquets,
Avec l’ombre de doigts marqués
Aux murs de leurs chemises blanches,
Et de griffes comme des branches.
Le poêle noir frémit et mord
Des dents de sa tête de mort
Le silence qui rampe autour.
Le poêle noir, comme une tour
Prêtant secours à trois guerrières
Ouvre ses yeux de meurtrières.
Roses de feu, blanches d’effroi,
En longues chemises de cygnes,
Les trois Filles, sur le mur froid
Regardant grimacer les signes
Ouvrent, les bras d’effroi liés,
Leurs yeux comme des boucliers.
[…]
Max Jacob
Août 3
Les autos roulent sur les trottoirs pour m’écraser.
Le vieil infirme de l’hôpital, qui se promène tout le jour, se baisse pour ramasser les mégots. Quand il s’est relevé il m’a fait une grimace horrible et ses yeux ont touché ses sourcils. Je suis passé quand même et me suis retourné. Je l’ai vu sourire et cracher sur le pavé. Deux pavés se sont êcartés.
Pourquoi une barque blanche et bleue, blanche et bleu de roi, aux larges ailes de mouette ne va-t-elle pas bientôt passer sur la rivière verte et sombre, si calme que les larges nénuphars s’en vont dormir avec l’herbe des près? La barque ne passera pas.
Au bout du pont qui écrase l’eau, un gendarme a sorti son carnet.
Le ciel s’est couvert de nuit et un glas tinte dans le soir, et les vieux rentiers bien vite ont fermé leurs volets; mais leurs chiens se sauvent. Tout le monde est parti, une lanterne – là-bas – s’est cachée derrière un tronc noir. Debout dans le ruisseau de la rue, je sens l’eau grasse et boueuse aspirer tout le sang de mon corps.
Le vieil infirme de l’hôpital, qui se promène tout le jour, se baisse pour ramasser les mégots. Quand il s’est relevé il m’a fait une grimace horrible et ses yeux ont touché ses sourcils. Je suis passé quand même et me suis retourné. Je l’ai vu sourire et cracher sur le pavé. Deux pavés se sont êcartés.
Pourquoi une barque blanche et bleue, blanche et bleu de roi, aux larges ailes de mouette ne va-t-elle pas bientôt passer sur la rivière verte et sombre, si calme que les larges nénuphars s’en vont dormir avec l’herbe des près? La barque ne passera pas.
Au bout du pont qui écrase l’eau, un gendarme a sorti son carnet.
Le ciel s’est couvert de nuit et un glas tinte dans le soir, et les vieux rentiers bien vite ont fermé leurs volets; mais leurs chiens se sauvent. Tout le monde est parti, une lanterne – là-bas – s’est cachée derrière un tronc noir. Debout dans le ruisseau de la rue, je sens l’eau grasse et boueuse aspirer tout le sang de mon corps.
Paul Verlaine
Dans les Bois
D’autres, — des innocents ou bien des lymphatiques, —
Ne trouvent dans les bois que charmes langoureux,
Souffles frais et parfums tièdes. Ils sont heureux!
D’autres s’y sentent pris — rêveurs — d’effrois mystiques.
Ils sont heureux! Pour moi, nerveux, et qu’un remords
Épouvantable et vague affole sans relâche,
Par les forêts je tremble à la façon d’un lâche
Qui craindrait une embûche ou qui verrait des morts.
Ces grands rameaux jamais apaisés, comme l’onde,
D’où tombe un noir silence avec une ombre encor
Plus noire, tout ce morne et sinistre décor
Me remplit d’une horreur triviale et profonde.
Surtout les soirs d’été : la rougeur du couchant
Se fond dans le gris bleu des brumes qu’elle teinte
D’incendie et de sang; et l’angélus qui tinte
Au lointain semble un cri plaintif se rapprochant.
Le vent se lève chaud et lourd, un frisson passe
Et repasse, toujours plus fort, dans l’épaisseur
Toujours plus sombre des hauts chênes, obsesseur,
Et s’éparpille, ainsi qu’un miasme, dans l’espace.
La nuit vient. Le hibou s’envole. C’est l’instant
Où l’on songe aux récits des aïeules naïves…
Sous un fourré, là-bas, des sources vives
Font un bruit d’assassins postés se concertant.
Ne trouvent dans les bois que charmes langoureux,
Souffles frais et parfums tièdes. Ils sont heureux!
D’autres s’y sentent pris — rêveurs — d’effrois mystiques.
Ils sont heureux! Pour moi, nerveux, et qu’un remords
Épouvantable et vague affole sans relâche,
Par les forêts je tremble à la façon d’un lâche
Qui craindrait une embûche ou qui verrait des morts.
Ces grands rameaux jamais apaisés, comme l’onde,
D’où tombe un noir silence avec une ombre encor
Plus noire, tout ce morne et sinistre décor
Me remplit d’une horreur triviale et profonde.
Surtout les soirs d’été : la rougeur du couchant
Se fond dans le gris bleu des brumes qu’elle teinte
D’incendie et de sang; et l’angélus qui tinte
Au lointain semble un cri plaintif se rapprochant.
Le vent se lève chaud et lourd, un frisson passe
Et repasse, toujours plus fort, dans l’épaisseur
Toujours plus sombre des hauts chênes, obsesseur,
Et s’éparpille, ainsi qu’un miasme, dans l’espace.
La nuit vient. Le hibou s’envole. C’est l’instant
Où l’on songe aux récits des aïeules naïves…
Sous un fourré, là-bas, des sources vives
Font un bruit d’assassins postés se concertant.